mardi 1 juillet 2008

Le polar moules-frites du mois






A la demande de Flora (quel narcissisme!), et parce que j'aime bien les Belges, je viens vous parler du Carré de la vengeance, de Pieter Aspe, le dernier polar frites-mayo à la mode.


Que se passe t-il, d'ailleurs, avec Bruges ce temps-ci? La question mérite d'être posée. D'abord un film (Bons baisers de Bruges, réalisé par le formidable dramaturge irlandais Martin Mc Donagh), puis un roman...











Dans le Carré de la Vengeance, on rencontre le commissaire-(adjoint, précisons) Pieter Van In. Il faut imaginer un quadra un peu fatigué qui clope comme il respire et qui carbure à la Duvel (si vous ne savez pas ce qu'est la Duvel, je ne peux plus rien pour vous).






Un bon polar, c'est avant tout un bon héros et Pieter Van In est plutôt réussi dans le genre raté sympatoche. C'est un commissaire, mais adjoint; il est bel homme mais un peu trop gras; il est séducteur mais désespérément célibataire; il est estimé mais peut être rétrogradé à tout moment, etc. C'est un héros moderne.


Et il se retrouve face à une affaire infiniment complexe qui mélange plein d'horreurs : un cambriolage de bijouterie, les Templiers (mais où est donc passé leur trésor, hein? Je vous le demande), un rapt d'enfant, des secrets de famille absolument terrifiants, du genre inceste, adultère, etc. Le tout dans la haute bourgeoisie brugeoise, façon diamantaires et compagnie, qui sont assez comiques, puisqu'ils s'amusent à injecter des mots de français dans leur flamand, pour faire genre. Diable!


Mais il sera assisté, épaulé, que dis-je, il ne fera plus qu'un avec la belle Hannelore Martens, juge d'instruction, jeune femme ambitieuse, sexy et futée. Quelle intrigue folle !


Il est vrai que l'originalité n'est pas la qualité première de ce roman flamingant. On sait très bien que Pieter et Hannelore vont former un joli couple de fins limiers, que l'enfant rapté sera restitué à la famille, que tout le monde sera ému, et puis surtout qu'on va trouver le coupable, que tout cela va bien se finir, peut-être même dans un estaminet près du canal... Mais que de plaisir à la lecture de ces descriptions fines, de ces aventures palpitantes, de ce récit bien roulé, bien amené, drôle, fin et sans prétention !




Pieter Aspe, Le carré de la vengeance. Albin Michel. 18 euros. Traduit du néerlandais (et très bien!) par Emmanuel Sandron.



Musique : Raoul Petite, De la bière.

Si vous ne connaissez pas ce groupe de rock aptois, assez populaire dans les années 80 et très influencé par Franck Zappa, je vous conseille d'aller écouter leur album Rire c'est pas sérieux...(1998). Le Chevalier , chanson COMPLÈTEMENT FOLLE, est l'un de leurs meilleurs morceaux.

mardi 24 juin 2008

Le livre de l'été? C'est ça et rien d'autre





Mieux qu'un polar victorien, mieux qu'une histoire littéraire du roman policier, je viens ici vous parler d'un roman-documentaire absolument merveilleux, que dis-je ! Epoustouflant.

Cela s'appelle L'Affaire de Road Hill House, et c'est écrit par une Anglaise d'une quarantaine d'années qui était critique littéraire au Daily Telegraph : Kate Summerscale, retenez ce nom.

Imaginez d'abord une élégante demeure géorgienne du Wiltshire avec cuisines et dépendances, et son armada de domestiques et de livreurs.


A l'aube blanche du 30 juin 1860, on découvre, dans la puanteur des latrines de Road Hill House, le corps mutilé, égorgé, étouffé sous les excréments, d'un enfant de trois ans. C'est celui de Saville Kent, le plus jeune fils de la maisonnée. Ce crime terrifiant, apprend-on, n'est pas l'oeuvre d'un rôdeur, mais d'un proche, parent ou domestique. Qui est coupable? Constance, la grande soeur taciturne ? La mère ? La bonne ? Alors que l'enquête des policiers locaux piétine, pom pom pom, voilà qu'arrive un détective de Scotland Yard, Jack Whicher, dépêché à Road Hill House pour tirer l'affaire au clair...






(ceci est un grossier plan de Road Hill House, comme vous pouvez l'imaginer).




Reprenons. Si l'on veut résumer la chose, Jack Whicher = Sherlock Holmes. C'est aussi simple que ça: Conan Doyle s'est largement inspiré de Whicher pour composer Sherlock Holmes, fin limier analytique, calme et rigoureux; Wilkie Collins s'en est inspiré aussi, notamment pour écrire La pierre de lune.

Donc, on a affaire à un meurtre sordide, décrit avec un luxe inouï de détails, qu'un personnage archétypal de super-détective tentera de résoudre. Et Kate Summerscale multiplie les sources, enchevêtre citations d'Edgar Poe ou de Dickens et archives de journaux de l'époque, détails météorologiques et digressions étymologiques : elle compose, véritablement, un récit singulier et fascinant.

Parce qu'elle est symptomatique d'une Angleterre victorienne empêtrée dans ses obsessions bourgeoises, Road Hill House est une affaire criminelle exemplaire. Summerscale la dissèque admirablement, et on retrouve, dans ce huis-clos terrifiant, tous les éléments du fait-divers "réussi": le sang, le stupre, la syphilis, l'hystérie féminine, le sperme, la jalousie, les miasmes, les excréments... Le tout, bien sûr, donné en pâture à tout le pays par voie de presse. On sent d'ailleurs la délectation malsaine du «grand public» à lire toutes ces horreurs, comme s'il fallait jouer à se faire peur en commentant encore et encore le récit atroce de la mort d'un enfant... Cela vous rappelle quelque chose ? Forcément.

Road Hill House, c'est un premier roman polyphonique, qui convoque à la fois Darwin, Freud, Edgar Poe, Conan Doyle et même Marx.... Et il nous restitue, par cette subjectivité-là, une certaine vérité de cette affaire, bien mieux que n'importe quel récit journalistique, dont il s'éloigne absolument.

Et puis, moi, je vais vous dire : la dernière fois que j'ai lu quelque chose qui restituait avec tant de justesse cette époque, c'était Sarah et le lieutenant français, de John Fowles.






L'Affaire de Road Hill House, de Kate Summerscale. Traduit de l'anglais par Eric Chédaille. Christian Bourgois. 527 pages. 25 euros.


Musique : peut-être aurez-vous reconnu la fameuse Sarabande d'Haendel, B.O du sublime Barry Lyndon de Stanley Kubrick.

jeudi 10 avril 2008

Going West





(La B.O de ce billet reflète parfaitement mon humeur = excellente).


Ah, la bonne vieille série des Chroniques de San Francisco... J'avais dévoré, le temps d'un été brûlant, les six tomes des aventures californiennes de Michael Tolliver, d'Anna Madrigal, de Mona, Brian et tous les autres, des années hippie aux années sida.


Années hippie contre années sida ? Cela fait un peu clicheton, c’est vrai. Sauf qu’Armistead Maupin ne caricature pas les choses comme je le fais ici; et il y a plus chez lui que la simple évocation de la communauté gay californienne. C'est d’abord un merveilleux conteur, et les Chroniques sont de merveilleux romans-feuilletons. Comme le furent en leur temps ceux de Dickens ou d'Alexandre Dumas, véritables best-sellers, et surtout, véritables page turner.)
(Page turner; quel affreux terme! Comme s'il fallait associer à la lecture d'un roman une sorte de boulimie, de bibliophagie. Tourner les pages par addiction, jusqu'à la fin, comme on s'enfile une tablette de chocolat! Je dis qu'il y a dans ce terme un véritable désir dévorant de consommation, qui n’a rien à voir avec la lente lecture contemplative d’un grand roman. Yuck.)

Mais enfin, j'envisageais la sortie de Michael Tolliver est vivant, tome VII de la série, publié vingt ans après le tome VI, (le mal-nommé Bye Bye Barbary Lane), avec une sorte de crainte expectative. Comment, en effet, lorsqu'on a décrit ces années mythiques (et mythifiées), parler de la San Francisco du XXIème siècle, où tous les bars sont non fumeurs, où la tolérance envers l’homosexualité et l’amour libre a régressé, (tout de même), bref comment écrire des Chroniques de San Francisco dans l'Amérique de George Bush et dans l'Etat de Schwarzenegger?

Fort heureusement, la chose n'est pas impossible. Michael Tolliver est toujours vivant et les combats ne sont pas terminés: sauf qu’en 2005, la guerre en Irak a remplacé celle du Vietnam. C’est aussi simple que cela. Et notre pépiniériste préféré, à cinquante piges, ne fume plus de joints (beurk la fumée), mais inhale de la marijuana à l’aide de vaporisateurs. C’est plus sain.

Sinon, Anna Madrigal est toujours là, mais pour le reste, je ne vous dis rien. Je ne voudrais pas gâcher le suspense, car Maupin, vingt ans après, n’a rien perdu de ses qualités de conteur.
Et ce qui me plaît par dessus tout, c’est qu’il reste subversif. En témoigne une très belle scène d’amour à trois, entre Michael, son mari Ben, et un jeune homme déniché dans un bar. Ne vous fiez pas à ce pitch un peu glauque : car dans la description de ladite scène, on n’est ni dans la surenchère porno, ni dans une forme de pruderie à l’américaine, mais dans un joyeux trio sexuel, franc et hédoniste (mais avec capotes). Citation : « Il a joui à quatre pattes mon petit foutreur, sans même se branler, pendant que Patreese le sautait. Je le sais, j’étais en dessous, j’ai reçu son jus et je l’ai embrassé, en proie à un bien-être fabuleux. Patreese l’a plus ou moins baisé dans mes bras et Ben est resté comme ça un moment, il riait de plaisir, et son cœur battait à tout rompre contre mon torse. »
Connaissez vous beaucoup de romans contemporains, -français ou étranger-, où l’amour libre soit si bien raconté, sans aigreur, sans rancœur, tout simplement ? Quarante ans après la libération des mœurs ? Cela fait réfléchir. Et au moins pour cette raison, les romans de Maupin, à défaut d’être des chef-d’œuvres inoubliables, méritent amplement d’être lus.



Armistead Maupin, Michael Tolliver est vivant. L’Olivier. 20 euros.




* Illustration : Le Rainbow Flag.

jeudi 27 mars 2008

Patti Smith forever




Je sors de l'expo Patti Smith à la Fondation Cartier.


Elle était là, petit Rimbaud américain, godillots aux pieds, chemise blanche, gilet noir et cheveux filasses. Elle vit à deux pas et on dirait que la fondation Cartier a été faite pour abriter... elle, sa vie, ses photos du cimetière, du quartier de Montparnasse, tranquillement, dans une douce élégance. J'ai contemplé, émue, ces polaroïds nus et beaux, de statues, de châteaux au Portugal, de tombes... Qui évoquent Rimbaud, Artaud, Cendrars, Brancusi et sa ronde pureté....






... Whitman et sa fougue poétique, William Blake, ou encore l'impassibilité de Lisbonne.




Oui, Patti Smith a un univers poétique bien à elle, rock'n'roll, spiritualiste, lyrique. Superbe. Et pour nous signifier que nous sommes chez elle, chez nous, elle a fait installer, en plein coeur de la salle d'exposition, un vieux canapé en cuir et quelques tapis afghans...

Que dire d'autre ?



Patti Smith à la Fondation Cartier, du 28 mars au 22 juin 2008. 261 boulevard Raspail. 75014 Paris. 01 42 18 56 50.

mercredi 19 mars 2008

Causeries de Salon

UNE COMÉDIE EN TROIS ACTES




(Foule attendant au stand du Dilettante pour se faire dédicacer le dernier roman d'Anna Gavalda, La consolante).




Acte I

Dimanche 16 mars. 15 heures.
Mon premier Salon du livre! Je n'avais jamais eu l'occasion d'y aller avant cette année. Autant dire que j'attendais cela comme un événement. Je n'ai pas été déçue... D'abord, je me suis rendue compte que même si tout me monde adore lire, et s'impatiente de ce TEMPS FORT LITTÉRAIRE comme moi, il est pourtant de bon ton de le dénigrer. Trop populaire. Trop grouillant de visiteurs. Trop tout, quoi. Le parc des expositions, porte de Versailles? Un hangar à bestiaux. «Je vais vous dire, me confie au téléphone une participante, cela fait trois semaines que je le prépare, je ne pense qu'à ça; mais en vérité, je ne SUPPORTE pas le Salon du livre». Difficile pourtant de ne pas sentir une petite excitation dans cette voix faussement lasse. Moi, à l'inverse, à l'entrée du salon dimanche, j'étais franchement excitée.

16 h 40
A peine arrivée je me rue, pour une raison que j'ignore, au stand Gallimard.

16 h 45
Je suis délogée du stand Gallimard par des policiers qui nous expliquent qu'il faut absolument évacuer les lieux.

16 h 50
Je reste plantée au stand Gallimard, essayant minablement de grapiller quelques moments de flânerie littéraire avant que les policiers ne se fâchent.

16 h 55
Je croise un ami qui m'explique que c'est une alerte à la bombe et qu'il vaut mieux quitter les lieux.

17 heures
Je pars boire une menthe à l'eau avec mon ami dans un café perdu du XVème arrondissement. Je me rends compte que tous les clients de ce bar portuguais sont des exilés du Salon. Le serveur, le front luisant, ne sait plus où donner de la tête.

18 heures

Je rentre chez moi en maugréant. Aurais mieux fait d'aller à la Hune pour trouver des bouquins.



Acte II



Mardi 17 mars, 19 heures

Cette fois-ci, c'est la fameuse «nocturne». Tout le monde est là : éditeurs, écrivains, journalistes, visiteurs... Apéro à volonté. C'est un peu le climax, (comme on dit pour les pièces de théâtre shakespeariennes), de quelques jours absolument intenses d'un point de vue littéraire. Le moment où tout le monde se relâche. Donc, après mon travail, je prends le métro, pour rejoindre mon amie Juliette, qui aime lire autant que moi, et une autre amie, et puis un autre ami... Je suis confiante.

19 h30
Je mets un temps fou à trouver Juliette, et soudain, je vois une foule immense envahir les allées, les flashes crépitent, j'entends des cris et des applaudissements, quelle ménagerie je me dis, quel est l'écrivain qui suscite autant d'engouement, franchement à ce niveau-là c'est quasiment de l'hystérie, et puis je tourne la tête, c'est le stand Grasset, c'est Ségolène Royal.

20 heures
Juliette a soif.


20 h 10

Juliette se fait refouler du stand Joëlle Losfeld pour avoir demandé, tout sourire, une coupe de champagne. «Vous n'avez qu'à acheter nos bouquins» maugrée l'un des hommes du stand.

20h50
J'observe l'attitude typique des gens du milieu de l'édition en situation; je m'amuse de certains écrivains dits "à réseaux" (oh, pas tous), balayant la salle du regard, cherchant une oreille, un journaliste, un éditeur, un autre écrivain, bref quelqu'un d'intéressant à qui parler.

21 h
Juliette s'apprête à quémander du champagne au stand Lagardère. C'est une sorte de cube en verre, avec dedans des gens en costume chic, allure très droite décomplexée et lunettes carrées Bac + 32. «T'es sûre?» je lui dis. «Nan, t'as raison, ils ont pas l'air sympa».

21h12
Au stand Zulma, je félicite un écrivain israélien, Benny Barbash, pour son roman My First Sony, qui obtenu le prix Grand public-Salon du livre d'ailleurs... en rougissant jusqu'aux oreilles.

21h45
Juliette : «J'en peux plus, c'est vraiment tous des cons, quel milieu de merde, moi je m'en vais».

21 h 56
Juliette : «Je t'assure, je m'en vais, et n'essaie pas de me retenir, en plus j'ai faim».


Acte III



22h
Sur le quai du tram Porte de Versailles avec Juliette-épuisée-morte-de-faim et un ami photographe hilare. Soudain, un homme, la quarantaine, un sac de livres à la main, se met à nous parler, et comment avez vous trouvé le salon, demande t-il, et je réponds poliment, ben oui, c'est pas mal, mais il m'interroge plus précidément, et vous quels livres vous ont vraiment frappée ces derniers temps, je réponds, moi vous savez, j'ai lu des romans israéliens, après le reste je ne sais pas trop, il reprend avec emphase, Véronique Ovaldé c'est très bien, ah oui je dis, tiens c'est amusant, vous n'êtes pas le premier à me dire ça, mais tout à fait, je vous en conseille vivement la lecture, répond-il, et nous nous lançons dans une discussion enflammée, mais que faites vous dans la vie, je lui demande, oh moi vous savez, ça n'a rien à voir avec les bouquins, je suis informaticien, et nous parlons comme ça jusqu'à la station Porte d'Orléans devant mes amis hilares, car nous nous trouvons des milliers de points communs, tous les plus farfelus les uns que les autres, moi ma soeur habite Worhmout dit-il, mais c'est incroyable, c'est précisément à Wormhout que vit ma cousine, je réponds, et puis nous parlons de librairies et de Sollers, et là comme tout le tram nous écoute parce que nous parlons fort et que nous rions, même Juliette qui a oublié sa faim, une dame nous regarde en souriant et elle nous lance:


«Moi je trouve qu'à la sortie du Salon du livre, il y a toujours une très bonne ambiance»
.

mardi 18 mars 2008

Ce que portent les femmes






Claire Wolniewicz, je l'avais découverte avec ravissement en 2006, avec Ubiquité, charmant roman qui racontait l'histoire bizarre d'un homme qui ressemble à plein d'autres hommes et qui se retrouve un beau jour avec l'Origine du monde sous le nez (notez que la chose n'a rien de désagréable).

Mais bon, Le temps d'une chute raconte tout autre chose. Ce bref roman nous invite en effet à suivre la vie d'une créatrice de mode, Madelaine Delisle, de ses débuts d'apprentie dans un petit atelier limousin aux grands défilés parisiens. Madelaine traverse, -et c'est passionnant-, les tourments du siècle à travers le prisme de l'élégance; et il est amusant de se souvenir que les vêtements étaient très sombres pendant la seconde guerre mondiale, que le New Look de Christian Dior a été une véritable révolution sociale, et que l'essor du prêt-à-porter a décidément foutu un sacré coup à l'élégance à la française (Et Claire Wolniewicz de rappeler opportunément que Balenciaga avait déclaré en 1968 que «la mode a fait place à la vulgarité, et l'élégance a disparu»).

Et Madelaine ? Pour résumer, on dira que si la belle n'a pas son pareil pour imaginer un boléro en soie, ses relations familiales et amoureuses sont bien plus délicates à tisser..(Attention : ceci est le fracassant début d'une lourdissime métaphore filée.) Et il n'y a pas besoin d'en dire plus pour évoquer Le temps d'une chute, saga vestimentaire habil(l)ement menée par l'écriture claire de Claire. Seul regret : que ces personnages, (Madelaine la première), manquent un peu d'épaisseur (ou d'étoffe, devrai-je dire). Mais on pardonne tout cela à la romancière, parce que Le temps d'une chute a la grâce d'un tourbillon de taffetas et de soieries... serti de remarques assez fines sur le rapport entre la mode et les femmes qui la portent.


Claire Wolniewicz, Le temps d'une chute. Viviane Hamy. 19 euros.

mercredi 12 mars 2008

Bienvenue chez les geeks du New Jersey









Déjà le printemps...Faut dire qu'il s'en est passé des choses en deux mois. Déjà, je suis allée à Rome, à la Villa Médicis, pour enregistrer Denis Podalydès et Alain Finkielkraut. C'était très beau. Et question images, ça a donné à peu près ça :




(Splendide!)







Sinon, j'ai lu plein, plein de romans israéliens, et j'ai retenu Beaufort, de Ron Leshem, et My First Sony, de Benny Barbash; je développerai tout cela très très vite, promis, au moment du Salon du Livre c'est à dire d'ici à la fin de cette semaine. J'ai aussi lu un roman non-israélien, (ça arrive), Le temps d'une chute, de Claire Wolniewicz, très très bien (quel avis original, vraiment ! C'est à pleurer.) C'est que là aussi il va falloir attendre un peu, car aujourd'hui, je viens vous parler de tout autre chose. C'est un film.



C'est le dernier long-métrage de Michel Gondry, Soyez sympas, rembobinez. Jamais vu un titre si idiot. C'est une traduction totalement aberrante du joli titre anglais Be Kind, Rewind (notez le rythme, la rime, tout cela si joli, si délicat, et impitoyablement massacré par cette honteuse traduction française.) C'est l"histoire de deux acolytes complètement ringards du New Jersey qui ont effacé par mégarde toutes les bandes magnétiques des VHS du vidéo club dans lequel ils travaillent; du coup, pour ne pas s'attirer le courroux de leurs trop rares clients, ils s'amusent à filmer de nouveau ces blockbusters...à leur sauce. Mais laissons de côté cette intrigue et revenons au titre. Je vous le dis: moi qui ai travaillé dans un vidéo club à l'adolescence, à l'époque des VHS donc, je peux vous assurer que JAMAIS on n'aurait écrit sur une K7 "Soyez sympas, rembobinez", au risque de se faire INSULTER par les clients pour pratique niaiseuse de la langue française. On aurait utilisé, à la limite, le mutin "Rembobinez moi, merci" ou bien le très administratif "Merci de rembobiner cette K7", ou encore une version un peu "toilettes publiques": "Merci de rendre cette VHS dans l'état dans lequel vous l'avez trouvée".

Alors, bon, certes, Soyez Sympas, Rembobinez, n'a pas de phrases choc en stock du genre "Hein biloute"... mais c'est drôle quand même. Et Jack Black (Rock Academy, High Fidelity) y est, (comme toujours), adorablement grossier; et enfin, même si les bons sentiments y sont rois et l'intrigue faiblarde, je pardonne tout, tout, à Michel Gondry, parce ses parodies "sweded" de Rush Hour, Ghostbusters ou de Robocop, sont délicieuses.

Voilà. Et sinon, je ne résiste pas au plaisir de vous mettre une vidéo de l'un des ses plus beaux clips: Protection, de Massive Attack, tourné dans les années 90. N'oublions pas que Michel Gondry est l'un des plus grands réalisateurs de clips des roaring nineties , c'est-à dire l'époque chouettte de Bjork et de Tricky. Admirez l'habileté avec laquelle il filme, avec "trois fois rien", ce grand groupe qu'est Massive Attack.










A noter que l'on peut retrouver tous les clips de Michel Gondry... dans le très bien fait The Work of Michel Gondry...









Détail : c'est un DVD.

dimanche 13 janvier 2008

La fin de l'amour






Qu'est ce qu'un couple? Que se passe-t-il lorsque le lien qui unit deux êtres se rompt? Eternelle, inusable question. Pas étonnant dès lors, qu'en cette rentrée elle fasse l'objet d'un roman. Encore un?


Rencontre, mariage, séparation : c'est par ces phases que passe l'union, avant de n'être plus. Mais comment arrive la mort d'un couple? Comment comprendre? "J'aimerais voir notre échec / en cerner les contours" chante doucement Natacha Régnier sur un bel album de Yann Tiersen. C'est cela qu'a tenté de faire Christine Jordis, songeant d'abord à Barthes, reconstituant patiemment des fragments de discours amoureux : l'attente, l'abandon, l'oubli. "Suis je amoureux? Oui, parce que j'attends", rapporte t-elle, citant l'auteur des Mythologies. Et tout à coup surgissent des images, des souvenirs: moi, fièvreuse, près du téléphone. Moi, nerveuse, dans un café. Moi, friande d'un mot, d'un compliment, d'une caresse.(Au lieu de raconter ma vie, j'en profite pour faire une petite digression: j'ai cru voir que les Fragments d'un discours amoureux étaient réédités, alors si vous ne les avez pas lus, n'attendez plus).

Bref, en femme lettrée, Christine Jordis convoque ses écrivains préférés: Virginia Woolf, George Eliot, Sylvia Plath. Car la romancière est avant tout, entre autres, spécialiste de littérature anglo-saxonne. Et ici, l'Angleterre victorienne et corsetée, -qu'elle connaît bien-, est remplacée par la France pudibonde des années 50, que tentent de fuir l'héroïne jordienne et Paul, son amoureux. Et puis, une fois les conventions balayées et le mariage consommé revient l'éternelle question : comment avoir une chambre à soi lorsqu'on vit à deux? Les réponses sont infinies.

Mais, entre nous, si le roman de Christine Jordis est un touchant hommage à ses écrivains de chevet, -comme on dit-, moi je vous conseille -tant qu'à faire-, de (re)lire vos classiques: Virginia Woolf ou D.H Lawrence. Quoi de mieux que cette belle phrase de l'auteur de Lady Chatterley, décrivant la délicate union du couple, ce lien si étroit... comme «pur équilibre entre deux êtres solitaires: comme les étoiles s'équilibrent l'une l'autre» ?


Christine Jordis, Un lien étroit, Le Seuil, 19 euros.

Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux, Seuil, 23 euros.
Et pour les amoureux de Barthes : Le discours amoureux : séminaire à l'Ecole pratique des hautes études 1974-1976 suivi de Fragments d'un discours amoureux . Seuil, 29 euros.

Photo de Larry Clark.


mardi 1 janvier 2008

Vagues terrains








Que se passe t-il là où il n'y a rien? Qu'est ce qu'on trouve dans les zones blanches des cartes Michelin? Des bidonvilles ? Des rats puants? Des écureils ? Des murs taggés qui sentent l'urine, "Juliette je t'aime" ou "Marie grosse pute?" Mais d'abord, qui va là, qui lit tout cela? Pour le comprendre, il faut savoir explorer ces non lieux, ces terrains vagues. C'est ce qu'a fait l'écrivain Philippe Vasset pendant un an, carnet à la main.

Alors, bien sûr, il aurait pu se contenter de décrire les SDF, les ragoûts d'écureils et les enfants des bidonvilles du Bourget et d'ailleurs... Ah ça! "Regardez, voilà comment des gens vivent dans votre ville, et vous, vous ne voyez rien; pire, vous vous organisez pour les cacher". Mais finalement,
-et c'est tant mieux-, il nous propose une promenade, ou plutôt une dérive. "J'ai vite compris que jamais je n'arriverais à dénoncer quoi que ce soit, préférant la confusion à la clarté, et retardant le plus possible le moment où il faudrait choisir mon camp et cesser d'être transparent, sans poids ni place".

Bref, j'ai été touchée par ce drôle de voyage, d'une petite centaine de pages, pas confus du tout, je me suis perdue dans ces cartes IGN aux contours certains et au contenu mystérieux... et je vous en recommande de faire autant. Et puis, cerise sur le gâteau, j'ai appris que George Perec a eu un projet similaire, qui forma un livre, la Tentative d'épuisement d'un lieu parisien. (fort beau titre au demeurant). Ni une ni deux, j'ai acheté le bouquin. Ma topomanie a eu raison de ma sagesse budgétaire, et je me suis retrouvée à dépenser en tout 24 euros. Diable! Pas raisonnable tout ça. Surtout quand on n'a pas encore payé sa TAXE D'HABITATION (299 euros. Avant le 17 décembre). Toujours est-il qu'à l'automne 1974, Perec s'est posté place Saint Sulpice, dans le VIème arrondissement de Paris, et a observé, heure par heure, les mouvements humains, les lettres des sacs plastique, les bus, et a même noté que, conformément au cliché, les vieilles dames au sortir de la messe, portent des cartons à gâteaux qu'elles tiennent par la ficelle. Ouf!


Finalement, c'est beau de penser la ville, cet espèce d'espace comme le disait Perec, comme cela. Comme un vagabondage, une fuite, une fugue... fut-elle immobile. Et puis, sans doute Philippe Vasset a-t-il raison, lorsqu'il conclut ainsi son petit Livre Blanc: "Malgré la couverture satellite permanente et le maillage des caméras de surveillance, nous ne connaissons rien du monde".


Philippe Vasset, Un livre blanc, Fayard, 14 euros.
George Perec, Tentative d'épuisement d'un lieu parisien, Christian Bourgois, 10 euros.






(ça c'est le Vasset)







(et puis ça c'est le Perec)


(photo d'Alberto Garcia Alix)

vendredi 21 décembre 2007

best of 2007 / les livres, films, disques et expos qui m'ont fait passer l'année




Bon. Avant de me ruer sur les "beaux" livres de Noël -dont le superbe Dit du Genji, soit trente kilos au bas mot de littérature japonaise médiévale- donc je disais: avant de me ruer sur les plus ou moins beaux livres, et avant de me ruer sur les romans de janvier 2008, et aussi avant d'essayer de deviner ce qui m'attend l'été prochain, et puis même avant de spéculer sur les prix littéraires de l'année prochaine -Gallimard, Gallimard pas?-, bref avant d'attaquer 2008 j'ai envie de me retourner sur ce que j'ai lu, vu, et entendu cette année de bien, de beau et de bon.


Oui, 2007 fut infiniment....


-ROCK'N'ROLL EIGHTIES





Yeah baby ! En plein hiver morose, j'ai redécouvert Blondie, sa blondeur diaphane et sa voix pointue grâce à Maylis de Kérangal et son très puissant Dans les rapides, qui raconte l'histoire de trois copines qui s'ennuient au Havre sous la pluie et qui rêvent de conquérir New York. Blondie m'a boostée à un tel point que cet été j'ai poussé le vice jusqu'à acquérir le sac en toile à son effigie réalisé par Marc Jacobs pour une quelconque assoce caritative. 10 euros seulement.



(ça c'est le livre)






(ça c'est le sac)




Et puis vers la fin de l'année, il y a eu les grèves et il y a eu le froid, mais il y a surtout eu le terrific Bob Dylan, avec la sortie de Dylan par Dylan chez Bartillat et du beau film de Todd Haynes. Je n'ajouterai rien de plus tant j'en ai fait déjà des tonnes ici.



-PHILOSOPHIQUE



On ne s'y attendait pas, mais finalement, la philo est en vogue. Oh, pas n'importe laquelle. On préfère aux essais les revues, et Philosophie Magazine se vend plutôt bien, même en en parlant tout le temps. Enfin non, pas tout le temps. Car si "Philomag" se fait remarquer par le grand public en avril, c'est pour un acte éminement non-philosophique : la publication d'un dialogue de Nicolas Sarkozy avec Michel Onfray où le futur président dit ceci. "J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie." Diantre!

Sinon, le Manuel de survie dans les dîners en ville a joué la carte de la vulgarisation philosophique avec un certain succès. Certes, ici, elle frise parfois la vulgarité, postulant avec humour que les intellos sont chiants, snobs, et teriblement intellos, mais tout cela est très second degré n'est-ce-pas, car nous en sommes après tout; mais il faut bien en rire.

-Et j'ai ri plus encore avec Vincent Delecroix, jeune auteur que j'avais découvert fin 2006 avec Ce qui est perdu, roman hilarant et presque ludique, qui parle de Kierkergaard et d'un gros chagrin d'amour. Résultat: à la rentrée de septembre, je me suis ruée sur La chaussure sur le toit, un roman choral au pitch très simple : une chaussure sur le toit d'un immeuble du 10ème arrondissement de Paris, qui engendre autant d'histoires que de personnages loufoques. Je n'en dis pas plus parce que franchement, vous l'aurez englouti le temps d'un Paris-Brest.






-IRANIENNE


L'Iran, ce n'est pas seulement Ahmadinejad évoquant l'absence totale d'homosexuels dans son pays lors d'une désastreuse conférence à Columbia. C'est aussi ce livre, qui a retenu mon attention malgré son titre idiot : Les Pintades à Téhéran. Ecrit par Delphine Minoui, journaliste franco-iranienne qui bosse notamment pour Le Figaro, il raconte la vie quotidienne des Téhéranaises, genre l'épilation sous le tchador et bien d'autres turpitudes. Une sorte de Sex and the City persan, en plus instructif et très plaisant. Et puis il y a Persepolis . Le film d'animation de Marjane Satrapi, tout en noir et blanc, est une réussite, tant par son graphisme que par sa bande-son que par son récit, bouleversant, d'une enfance à Téhéran.




- JAZZ JAZZ JAZZ


Je me souviens m'être enthousiasmée sur Pannonica, le roman de Pauline Guéna. Douce variation sur Monk et Pannonica de Koenigswarter, cette aristocratique muse des jazzmen de l'après-guerre, le roman de la jeune Pauline Guéna met en scène de façon admirable Pannonica et ses cats, perdus dans le New York des fifties et du bop. Tout cela m'a rappelé la belle exposition du festival de photo d'Arles que j'avais vue en août: des polaroids de jazzmen pris par leur amie, et des étranges feuilles dactylographiées. Car cette drôle de femme avait posé une étrange et belle question à tous ces grands musiciens pauvres, noirs et drogués. "Quels sont vos trois voeux?" Ils y ont répondu et c'est très joli.




(oui je sais on n'y voit rien. Mais ce sont les voeux d'Ornette Coleman.)


-En musique, ma découverte de l'année est sans doute le groupe de jazz suédois E.S.T. Comme Esbjörn Svensson Trio. Décrire leur musique est difficile, mais voilà : c'est en somme du piano planant, une sorte de jazz mâtiné de Pink Floyd-Radiohead. Envoûtant. Là, ils viennent de sortir un live à Hamburg et je viens de l'avoir pour Noël. "Esbjörn quoi?" m'a demandé ma mère quand je lui ai donné ma liste de cadeaux.


-ENFANTINE



C'est difficile de parler d'enfants dans un roman, difficile d'écrire pour eux, ou bien de tourner un film qui parle d'eux sans bêtifier, sans pontifier. Oui, c'est difficile de parler de l'enfance sans être, de fait, un adulte qui projette la sienne. J'ai relu hier une phrase de George Sand que j'aime bien: "C'est très mystérieux, les enfants. Ils pensent sans comprendre."


En 2007, j'ai trouvé et retrouvé des gens qui ont su appréhender intelligemment la question de l'enfance. Je pense à la collection Chouette!penser , chez Gallimard Jeunesse, qui aborde certaines questions philosophiques complexes (Dieu, le rapport à l'animal...), de manière admirable. Quand je dis enfant, je pense aux 12-15 ans... Quand même.

Et je songe aussi à la mort de Bergman cet été, et comment il a su mettre en scène l'enfance dans le magnifique Fanny et Alexandre . C'était il y a vingt-cinq ans. En 1982, l'année où je suis née.


J'ai été aussi très émue par certaines photographies d'Helen Levitt, que j'ai contemplées à la Fondation Henri Cartier-Bresson. D'autant plus que Madame Levitt, à 94 ans, vit toujours à New York, sa ville. New York qu'elle n'a cessé de photographier, des années 30 aux années 80. Et ses clichés d'enfants sont plus que touchants.









Enfin, j'ai lu avec intérêt un livre qui s'adresse à eux comme aux adultes. Oui, la physique, c'est fantastique, et le roman de l'astrophysicien Stephen Hawking, -dont on connaissait les ouvrages de vulgarisation pour adultes-, est fort divertissant. George et les secrets de l'univers raconte l'histoire d'un petit garçon que ses voisins initient tout doucement aux mystères de la physique. Et nous avec, bien entendu. Le bouquin, extrêmement pédagogique, chante la gloire des trous noirs et des comètes avec une telle passion et une telle gaieté que franchement, j'en ai un peu regretté d'avoir séché les cours de 4ème pour aller jouer au baby-foot au café d'en face en fumant mes premières JPS et en m'efforçant de ne pas croiser le proviseur.



-IL FAUT LE DIRE, 2007 FUT AUSSI SANS...


... Muriel Barbery et son hérisson .
Je résume : démago, trop facile, moyennement écrit, certes plaisant... et alors? Je ne voudrais pas être taxée de mauvaise foi mais je me défends comme je peux parce que je sens bien que dire cela c'est m'exposer à être traitée de snob littéraire qui n'aime pas les romans qui se vendent, quelle horreur! Mais je ne suis pas la seule à dire que ce hérisson-là est largement surestimé et je vous invite à lire un article, paru cet été, à ce sujet. Muriel Barbery n'aime guère être comparée à Anna Gavalda, mais les deux femmes ont au moins DEUX points communs: leurs livres sont des long sellers... bourrés de bons sentiments.




(y'a pas, c'est mignon comme animal)



... et sans François Bégaudeau.
C'est vrai que sa propension à disserter sur tout et n'importe quoi à la télé et dans les journaux, son statut d'écrivain officiel, et enfin son obsession d'écrire le réel m'agacent un peu. Comme si la littérature n'était que précision documentaire. D'où des romans aux thèmes faciles (les profs frustrés en ZEP, la libération de Florence Aubenas) farcis de prouesses stylistiques arty puisque je-publie-chez-Verticales-donc-je-suis-un-laboratoire-littéraire. J'en veux pour exemple l'incipit de son dernier roman, Fin de l'histoire : "Elle.Est.Arrivée.En.Avance."



(Liste non exhaustive)


- MAIS FINALEMENT, 2007 N'AURAIT RIEN ETE SANS...


Daniel Kehlmann / Zadie Smith / Philippe Forest / Patrick Modiano / Joni Mitchell / Martine Barrat / Jean Carriès / Philippe Trétiack / Diego Aranega / Jean Hatzfeld / Feist / Helen Levitt...

jeudi 13 décembre 2007

SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ !










A l'heure de la récré, tous les enfants font des échanges plus ou moins malencontreux. En 2007, ça donne à peu près ça. "Ouais, file moi ta carte de Yu-Gi-Oh et moi je te file mon poster de Zidane". Bon, finalement, rien n'a changé depuis ce roman, qui débute sous l'Angleterre de Thatcher. Et l'échange dont je vais vous parler concerne deux petits garçons, Harvey et Charles. Harvey, qui aurait mieux fait ce jour là d'aller potasser son algèbre, troque une vieille BD de Superman contre un vulgaire morceau de plastique. Le hic, c'est que vingt ans plus tard, la BD en question est devenue vintage, et elle vaut une petite fortune. Voilà pourquoi Harvey, qui, vingt ans plus tard, s'ennuie ferme dans sa librairie londonienne, brûle de la retrouver. Et pourtant, donner, c'est donner... Serait-il prêt à tout pour mettre la main sur la BD qui valait de l'or?
Ainsi débute ce réjouissant polar à l'humour grinçant, aussi drôle qu'un Nick Hornby et aussi haletant qu'un Agatha Christie, qui vous emmène des falaises des Cornouailles à la banlieue de Londres. Et vous n'avez nul besoin d'être un nostalgique des comics pour s'amuser des péripéties d'Harvey, parfait anti-héros au pays des superheroes. Wizz !


Swap
, d'Antony Moore. Liana Levi, 20 euros.


PS
A noter que l'éditrice Liana Levi a le bon goût de ne pas nous inonder de littérature chaque semestre; elle ne publie donc que très peu de romans par an. Swap est le seul roman de cette rentrée de janvier. Il est très bien.

lundi 10 décembre 2007

THE TIMES THEY ARE A CHANGIN'











D’ordinaire, je n’aime guère les biographies. Leur obsession de la véracité, leur foultitude de détails soit-disants pertinents, cette lave gluante de la vie qu’elles tranforment si facilement en vérité... je trouve tout cela assez suspect. Et puis derrière le business de la biographie, il y a le postulat que pour comprendre l’oeuvre, il faut comprendre l’homme. Il y aussi une certaine complaisance à explorer la médiocrité des vies des hommes pour ne pas avoir à parler des artistes. Ah, l'obsession du réel...

Mais I’m not there n’est pas une biographie. C’est un film. C’est peut-être là toute la différence avec les documentaires hagiographiques qui ne cessent de répéter que Dylan a du porter des années le lourd fardeau d’être Dylan, tout en en rajoutant une couche; et toute la différence avec les bouquins de cinq cent pages empesés par les dates et les “faits”.

Oui, I’m not there est un film et cela fait toute sa singularité.

Bob Dylan, donc. Fallait oser. Bob Dylan est un monstre. C’est un monstre sacré, et c’est un freak. Comme tous les monstres, il est protéiforme. Il fallait donc bien six personnages pour l’incarner: un jeune hobo génial, un acteur underground starisé, un chanteur contestataire, une femme en costard, un rocker rimbaldien échevelé, un ex drogué évangéliste. Chez Todd Haynes, tous ces personnages sont Bob Dylan.

Que les obsédés de la vérité se rassurent : les Dylaniens reconnaîtront dans le film bien des détails biographiques. Les veillées près de Woody Guthrie mourant à l’hôpital, les fugues à répétition, le Minesotta, la judéité, l’histoire d’amour avec Joan Baez, l’accident de moto de 1966...

Mais l’important n’est pas là.

L’important est que Tood Haynes a décidé que la vérité de Bob Dylan résidait dans son univers. Son art. Alors il a fait de ce film un mélange de détails de chansons, de poèmes. Certaines répliques du film sont en fait des paroles de chansons; Haynes met en scène des personnages imaginaires dans des scènes qui donnent l'illusion du réel.

Et c’est ainsi que suivant ce défilé carnavalesque, on saisit mieux Dylan à travers ses deux références poétiques: Rimbaud et Shakespeare.


Rimbaud ? Oui, Rimbaud rime avec hobo. Relisez donc ceci après avoir vu dans le film Dylan dans un train du Midwest, en guenilles.

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!


Et puis il y a Shakespeare. Shakespeare crève l’écran. Acte V de Macbeth:


Life is but a walking shadow, a poor player / that struts and frets his hour upon the stage / and then is heard no more/ it is a foul tale, told by an idiot/ full of sound and fury, signifying nothing.

D'ailleurs, Dylan chante dans le film :


Well, Shakespeare, he's in the alley
With his pointed shoes and his bells,
Speaking to some French girl,
Who says she knows me well.





Sans le savoir, Dylan est Shakespeare, dans toute sa dimension carnavalesque, sa réflexion sur la vérité et les faux-semblants, dans toutes ses batailles verbales contre les obsédés de la vérité -notamment les journalistes. Dylan est Shakespeare dans son rapport au temps, The times they are a changing, dans sa conception de l’engagement politique (les chroniques de Holinshed inspirent Shakespeare qui en fait un Macbeth imaginaire mais terriblement politique. Et tout le monde comprend à l’époque à quel point Macbeth traite aussi de Jacques 1er... Comme Dylan inspire sans le vouloir les Black Panthers).

Bref, ce subtil mélange de réel et d’imaginaire, qui fait la vie et qui fait l’art, Shakespeare l’a fait, Dylan l’a fait. Todd Haynes l'a compris.

Etrange aussi de se souvenir que les acteurs de l’époque élisabethaine se travestissaient régulièrement. Quelques pièces de Shakespeare, -des comédies, notamment Comme il vous plaira-, traitent de cela. Et cela ne vous aura pas échappé que Cate Blanchett, dans le film, joue Dylan. Et l’on s’écrie, en 2007: “Dieu, une femme joue Bob Dylan!”. Pas si rare à l’époque du Théâtre du Globe. .

Amusant enfin de remarquer, obsédée que je suis par la prestation de Cate Blanchett, qu’elle est à l’afffiche ces jours-ci d’un film sur Elisabeth d’Angleterre... qui régnait au temps de Shakespeare.

Ce film me hante. Vous qui ne l’avez pas vu, vous qui ne connaissez pas bien Dylan, vous que le personnage agace ou fascine, ne cherchez pas à comprendre pourquoi il est joué par un jeune Noir, une femme, ou encore Richard Gere. Laissez cela aux obsédés du réel, cette nouvelle maladie du siècle.

Laissez vous plutôt prendre par I’m not there et ses obsessions poétiques, par ce jeu permanent entre fiction et réalité, vérité et mensonge, par cette gigantesque partie d’échecs entre Dylan et le reste du monde. Par ses réparties de poètes. Life imitates art... ou est ce l’inverse ?

There must be some kind of way out of here
Said the joker to the thief
There’s too much confusion
I can’t get no relief.

-No reason to get excited
The thief he kindly spoke
There are many here among us
Who feel that life is but a joke.






A lire : Dylan par Dylan, Bartillat. 30 euros, 560 pages.

vendredi 30 novembre 2007

American Beauty








C'est d'abord l'histoire de deux professeurs d'art, sur le campus de Wellington, aux Etats-Unis, qui n'en finissent pas de se détester. D'un côté, Howard Belsey, la cinquantaine fatiguée, gauchiste et un peu bohème; de l'autre, Monty Kipps, Anglo-Jamaïcain impeccable, conservateur et rigoriste. Mais pendant que les deux hommes se livrent une guerre intellectuelle sans merci, leurs femmes et enfants, eux... se rencontrent, s'aiment, se disputent, ou se quittent. Mais gare! De la beauté n'est pas seulement une comédie amoureuse comme les Anglais savent en faire depuis des siècles. C'est aussi une immense saga familiale et sociale, écrite par une fan de E.M Forster, qui aborde sans tabou ni cliché des thèmes délicats : le métissage, l'héritage colonial, ou le rapport à l'art. Enfin, ai-je besoin de préciser que le style vif et lucide de Zadie Smith me réjouit ?

De la beauté, de Zadie Smith. Gallimard, 23,50 euros.

Musique : Judgement Day, de Jim Murple Memorial. Sur l'album Rhythm & blues Jamaïcain. 10 euros.

dimanche 25 novembre 2007

Yasser Arafat m'a regardé et m'a souri








Ce bref récit au titre intriguant raconte l'histoire troublante d'un enfant-soldat, en 1981 au Liban. C'est celle de l'auteur, Youssef Bazzi, enrôlé trop jeune aux Forces centrales d’intervention du Parti social nationaliste syrien à Beyrouth. Youssef découvrira pendant cinq années la chair : la chair torturée des soldats torturés et des officiers capturés, la chair obscène des prostituées égyptiennes, la chair brûlée des hommes tués par les roquettes. Mais le salut de Youssef viendra par la poésie arabe : c'est par elle que le jeune homme changera son rapport au monde. La poésie au secours de la mort: c'est à la fois vieux comme le monde et éternellement nécessaire. Youssef conclura son récit par ces mots : "Je passe mon baccalauréat. (...) Je suis sorti de la guerre. Sain et sauf."


Youssef Bazzi, Yasser Arafat m'a regardé et m'a souri, Verticales, 140 p., 14.90 euros.

Musique : Haitian Fight Song, morceau original de Charles Mingus, dans l'album Pithecanthropus Erectus.

samedi 3 novembre 2007

In girum imus nocte et consumimur igni*
















Oui, je sais. "Franchement, il y en a marre de tous ces faux manuels de self help faussement drôles et véritablement cyniques, marre de ces miscellanées à la Ben Schott déclinés à toutes les sauces, tous ces bouquins-à-la-noix-mais-au-marketing-efficace-et-aux-couvertures-soignées, qui occultent la vraie littérature, la vraie de vraie, et qui montrent à quel point l'Art et la Culture sont devenus des objets de dérision et de légèreté".

Vous n'avez pas tort.

Cependant, si vous êtes de ceux qui connaissent mal la philosophie, penchez vous tout de même sur ce livre. Voici pourquoi.

1) Parce qu'il est drôle et instructif à la fois.
Le bouquin fonctionne par mises en situation. Et, à votre grande surprise, voilà qu'il vous conseille, aux moments creux de l'apéro, dans l'unique but de vous rendre intéressant, de lâcher la phrase suivante: "Mon chien est situationniste".
Bon. Passé le moment de stupéfaction, vous vous demanderez, amusé : "D'abord, qu'est ce que le "situationnisme"?
Malheureux! Cette question montre que, décidément, vous n'y connaissez rien. Car, vous expliqueront alors les auteurs de cet ouvrage, le situationnisme n'est PAS un "-isme". Tut-tut. C'est un chouïa vulgaire, les -ismes. Ca fait tout de suite totalitaire. Reprenons, avec les termes ad hoc. Qu'est ce que c'est d'être situ? Et là, sans vous en rendre compte, vous l'apprendrez.

2 ) Parce que vous saurez enfin qui sont les philosophes contemporains à la mode.
Giorgio Agamben, Bernard Stiegler, Barbara Cassin. Peut-être, dans un deuxième temps, les lirez-vous.

3) Parce que dans un troisième temps, vous vous gausserez en découvrant que l'un des livres de Bernard Stiegler, Réenchanter le monde, est inspiré du titre d'une université d'été du Medef.
Ce qui prouve que vous commencez à maîtriser le sujet.



4) Parce que ce Manuel de Survie vous donnera envie de lire de la philosophie.
Au cours de ses pages, vous effleurerez des gens, des courants de pensée, Voltaire, le féminisme, Epicure. Et ensuite, miracle : vous sauterez le pas. Un peu honteux d'avoir lu ce manuel que vous aviez conspué quelques heures auparavant, et conscient de la grandeur de cette noble discipline, vous vous mettrez à lire des vrais ouvrages de philosophie.

5) En fait, vous ne direz plus jamais que la vulgarisation, c'est vraiment trop vulgaire.






Manuel de survie dans les dîners en ville, de Michel Eltchaninoff, et Sven Ortoli. Le Seuil,14 euros.


*In girum imus nocte et consumimur igni est un film français de Guy Debord sorti en 1978, qui décrit la société de consommation et d'aliénation capitaliste, s'appliquant à mettre en évidence la condition d'esclaves modernes. Le titre du film est un palindrome latin signifiant : « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu ».


(source... Wikipédia)

mercredi 31 octobre 2007

De l'esclavage domestique





free music





Anna Edes, bonne à tout faire. Une nuit de Budapest 1919, elle attrape un couteau, et le plante dans le corps de son maître et de sa maîtresse. Pourquoi? Peut-être par fatigue : elle dort si peu. Ou peut-être par ce vide qui l'étreint, puisqu'elle n'est rien pour eux. Bonne: cela signifie ne pas recevoir de cadeaux, pas de caresses. Pas de doux mots. Manger les restes de leurs repas. Se lever à l'aube. Se chauffer avec les braises finissantes. Oubliée, dénigrée, niée.
Un jour la main d'un homme a fourragé sa blouse; et Anna n'a rien dit, car elle n'a pas compris qu'elle se faisait violer.
Dans ce Budapest 1919 les saisons passent et Anna n'est rien. `
Et puis une nuit de mai où naissent les révolutions, -dit-on-, elle attrape un couteau et le plante dans le corps de ses maîtres.
C'est alors qu'on tente de la juger et qu'on n'y parvient pas.

L'histoire d'Anna est une fiction absolue, et sa lecture n'en est que plus troublante. Je pense aux Bonnes de Jean Genet, je pense au film Les Blessures assassines, je pense à cette soeur Papin qui un jour arracha les yeux de sa patronne. Cette fois-là c'était une nuit furieuse de mars.
Je pense à l'Ile aux esclaves de Marivaux, je pense à la haine que ressentent les esclaves et au jour où elle se tranforme en rage, je pense enfin à cette série de photos vues à Arles un jour de 2006, qui montrait tant d'immeubles bourgeois séquestrer des jeunes femmes comme Anna. Qui n'avaient pas, elles, saisi un couteau pour le planter dans le corps gras et satisfait de leurs maîtres.

L'auteur d'Anna la douce est un Hongrois, mort et enterré en 1936. Il a écrit un puissant roman d'automne, puissant et bref, qui évoque le parquet et le froid de l'hiver, l'odeur du poêle et du lard. C'est un roman domestique en somme, qui m'a portée loin, loin de Paris, et tout près des nuits froides où meurent les révolutions.



Anna la douce, de Deszö Kosztolanyi, éditions Viviane Hamy, 9 euros.


Musique : Miss Otis Regrets, chanson de Cole Porter, ici chantée par les Mills Brothers. Sublime chanson d'amour, composée en 1934, où une femme esseulée tue son amant d'un coup de revolver. "Mademoiselle Otis a le regret de vous dire qu'elle ne déjeunera pas ce midi, Madame." : ainsi commence cette chanson triste comme un jour de pluie. Tout le monde l'a chantée, mais ma version préférée est celle, sublime, interprétée par Sara Lazarus, accompagnée du big band de Patrice Caratini.

lundi 8 octobre 2007

EMISSION LITTÉRAIRE EN DANGER : SCANDALE A RFI





La direction de RFI a décidé de suspendre dès la fin du mois d'octobre l'émission littéraire de Catherine Fruchon-Toussaint, Entre les lignes. Divisé en deux parties de vingt minutes chacune, ce rendez-vous hebdomadaire présentait l'actualité littéraire ainsi qu'un entretien avec un écrivain.


La raison officielle de cette non-reconduction ? Apparemment, pour RFI, cinq minutes suffisent pour parler d'un écrivain.
Ce qui veut dire que pour RFI, un écrivain, c'est chiant au bout de cinq minutes.


Non ?


Je passe sur la conception odieuse de l'art et de la littérature -et de la société toute entière- que cette décision encourage.

Car dire cela, -que les écrivains ne méritent pas plus de cinq minutes pour s'exprimer-, c'est un choix de société.


Et c'est odieux.

jeudi 20 septembre 2007

Le roman de Pannonica






Pannonica. Drôle de nom, drôle de femme. C'est la mécène des plus grands musisiens de jazz de l'après-guerre : Monk, Miles Davis, Charlie Parker.

Pannonica, nom de tragédie. Lunettes de soleil, whisky jusqu'au petit matin et regard impassible, elle roule en Bentley et fume comme un pompier.

Pannonica de Koenigswarter : drôle de papillon dans le bop des fifties, en plein coeur de New York et surtout de Harlem. Elle a inspiré quelques uns des meilleurs musiciens de jazz de son époque.

Ma première rencontre avec Pannonica eut lieu à Arles, vers la fin de l'été. Il faut imaginer la lourdeur de l'air, le souffle du mistral, la puissance du soleil. C'est dans l'une des salles du festival de photographie que je fis sa connaissance, sous la forme de dizaines de polaroids. Des photos de musiciens, surtout Monk. Monk en voiture, Monk qui rit, Monk qui pense. Pannonica prenait patiemment en photo des hommes que l'on traitait comme des moins que rien. En 1954, les Noirs n'avaient pas le droit de vote et la ségrégation s'appliquait même à l'école.

A Arles, je fus fascinée par Pannonica. Chouette nom, me dis-je. Gracieux. Le papa de Pannonica était diplomate et accessoirement chasseur de papillons. Un jour il en attrapa un plus beau que les autres : il lui donna ce nom, dont il dota ensuite sa fille.

Dans les années 50, à New York, des hommes noirs jouent dans des cabarets de Harlem. Ils ne sont rien et pourtant ils s'appellent Charlie Parker, Thelonious Monk, John Coltrane. Pour manger, passer le mois, et répéter au chaud, ils trouvent refuge chez Nica, baronne prodigue et amie fidèle, dans sa grande maison de Manhattan. Cathouse est remplie de chats et de cats, terme générique qui désigne des musiciens de jazz américains. Nica promet à tous le gîte, le couvert, une caresse, une promesse. Pannonica, femme à chats.

Et le roman, me direz-vous ? C'est tout cela, mais en mieux. Pauline Guéna nous emporte dans le monde de Pannonica, discrètement, poétiquement. Et autant le savoir tout de suite, on n'a pas besoin de connaître grand-chose en jazz, ni d'écouter TSF tous les soirs pour comprendre tout ce qui se trame à Harlem.




Pannonica, de Pauline Guéna, Robert Laffont. 270 p., 18 euros.








Et pour vous mettre dans l'ambiance Pannonica, vous pouvez toujours écouter Round Midnight, de Monk.



mercredi 12 septembre 2007

Fonk Power




La semaine dernière je suis allée à un festival de jazz, à Paris. Mais en fait de jazz, j'y ai vu du funk. Avez vous déjà entendu, une fois dans votre vie, du funk des années 70, du vrai de vrai ? Non ? Alors, il vous reste deux choses à faire. D'abord, rergarder Jackie Brown, de Q. Tarantino, chouette film à la BO funkissime. Et puis , écouter les JBs. Les JBS, (prononcez Djeyebiz) ce sont les musiciens de James Brown: Maceo Parker, (saxophone), Fred Wesley (trombone), et Pee Wee Ellis (saxophone aussi). Ce sont eux que j'ai vus la semaine dernière.
Dans les années 70, décennie où l'Amérique doutait de tout, ces hommes jouaient une une musique festive, sensuelle, sexuelle même. D'ailleurs, le mot funk, en black slang, désigne la sueur que le corps dégage pendant l'acte amoureux. D'où l'envie, quand on écoute du funk, de se tortiller en tous sens...


Essayez voir.




mardi 21 août 2007

C'est la rentrée, tra la la...




C'est la rentrée, et c'est tant mieux, parce que peste ! Quel temps ! Il y 727 romans à lire, pour compenser. Mais avant d'aborder le sujet douloureux de la rentrée littéraire, évoquons tout de suite et pour toujours les romans dont on va forcément parler dans les jours qui viennent. Cela me fera des vacances et je pourrai alors embrayer sur ceux qui ont retenu mon attention.

1 ) L'Amélie Nothomb des familles.
Il s'appelle Ni d'Eve ni d'Adam, et disait-on sur Télématin ce matin, il est fort réussi parce qu'il n'est "pas du tout railleur, il y a de l'émotion, des sentiments; une histoire d'amour". Ce qui est forcément la matière d'un bon livre.


2) Le roman "Coup de Com'" de la rentrée.
On avait Houellebecq en 2005, nous avons cette année le roman de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy, dont "tout le monde parle déjà". Que les mauvaises langues, effrayées par la démagogie du sujet, se rassurent. L'éditrice Teresa Cremisi, qui est, bien entendu, à l'origine de ce tintamarre littéraire, est formelle. Ce roman au titre énigmatique (L'aube le soir ou la nuit), "ne surfe pas sur la vague des livres politiques", jure-t-elle au Figaro . "C'est un récit littéraire. Yasmina Reza est une artiste qui transfigure tout ce qu'elle touche." Parole !


3 ) Le roman "l'actualité m'inspire".
C'est bien sûr le Bégaudeau nouveau, qui commente, ligne par ligne et geste par geste, la conférence donnée par Florence Aubenas à son retour en France. L'occasion de mettre les choses au point, une bonne fois pour toutes :
- Florence Aubenas est une femme.
- Florence Aubenas, désormais, appartient à l'histoire.
-Florence Aubenas est un "précipité de modernité", (parce que c'est une femme, s'entend). Cela sent son comité de campagne pour Ségolène Royal. Et la littérature?



Ni d'Eve ni D'Adam, par Amélie Nothomb, Albin Michel, 244 p., 19,90 euros.
L'aube le soir ou la nuit, par Yasmina Reza, Flammarion, 250 p., 18 euros.
Fin de l'histoire, par François Bégaudeau, Verticales-Phase Deux, 140 p., 12,50 euros.