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dimanche 13 juillet 2008

APPEL POUR LE LIVRE / SIGNEZ !



Cher lecteur, cher bloggeur,

Si nous avons la chance aujourd'hui de pouvoir chroniquer des romans publiés dans de petites maisons d'édition talentueuses, si nous avons la chance de lire des écrivains à-3000-exemplaires-mais-très-doués, si nous avons la chance d'avoir un libraire, quelque part à Dijon, Carpentras ou Laval, qui nous oriente, nous conseille et nous guide vers ces gens-là,si la France reste un pays où la création littéraire est largement soutenue, nous le devons en grande partie à une loi méconnue : la loi Lang d'août 81, qui fixe le prix unique pour les bouquins, et qui empêche les Leclerc et autres Amazon de balayer les libraires indépendants du marché du livre.

Cela semble être un combat de David contre Goliath, cela vous paraîtra peut-être caricatural d'opposer ainsi la vilaine grande distribution au gentil petit libraire, mais je vous assure (et je parle en tant qu'employée de librairie, et surtout journaliste) que c'est le cas et que les forces sont loin d'être égales.

Qu'on ne vienne pas me parler de défense du consommateur: en Angleterre, où cette loi n'existe plus depuis 1995, les prix ont augmenté de 20%.


Voici l'appel pour le livre et la pétition à signer.




Appel pour le livre




Des amendements proposés par des députés de la majorité parlementaire lors de l’examen du projet de loi de modernisation de l’économie ont ouvert un large débat sur la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre, dite « loi Lang ».

Les professionnels du livre, auteurs, traducteurs, éditeurs et libraires, rejoints par les bibliothécaires et de nombreux acteurs du livre en régions, ont expliqué d’une même voix que ces amendements remettaient en cause la loi de 1981 et menaçaient les équilibres du marché du livre, ainsi que la diversité de la création et de l’édition françaises. Leur mobilisation a été relayée par des membres du gouvernement. Madame Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a souligné combien cette loi restait un outil indispensable pour protéger la littérature. Madame Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, quant à elle, a indiqué ne vouloir changer ni la politique du livre ni le système législatif actuel.

Les acteurs du livre sont néanmoins inquiets car beaucoup d’idées fausses sont colportées sur la loi par quelques multinationales du commerce culturel. Le lobbying qu’elles exercent auprès des parlementaires est à l’origine de ces amendements. Il vise à déréguler le marché du livre afin d’imposer un modèle commercial basé sur une volonté d’hégémonie et une stratégie purement financière. Derrière leurs arguments démagogiques mêlant modernité, défense du pouvoir d’achat et même écologie se cache un combat contre la création, la diversité, la concurrence et l’accès du plus grand nombre au livre.

Ce modèle culturel français, nous y sommes pour notre part indéfectiblement attachés. Ses vertus sont multiples. Avec plus de 2500 points de vente, le réseau des librairies est dans notre pays l’un des plus denses au monde. Il permet, aux côtés du réseau de la lecture publique, un accès au livre aisé et constitue un atout important pour l’aménagement du territoire et l’animation culturelle et commerciale des centres-villes. Ce réseau de librairies indépendantes cohabite avec d’autres circuits de diffusion du livre, les grandes surfaces culturelles, la grande distribution, les clubs de livres ou Internet. Depuis de nombreuses années et à l’inverse d’autres secteurs culturels comme le disque ou la vidéo, le marché du livre se développe sans qu’aucun circuit n’écrase ses concurrents. Chaque circuit joue son rôle et le consommateur bénéficie d’un véritable choix.


Pour la création et l’édition, cette densité et cette variété des circuits de vente du livre offrent à chaque auteur et à chaque livre le maximum de chances d’atteindre son public, qu’il s’agisse d’un premier roman, d’un ouvrage de recherche, d’un livre pour enfant, d’une bande dessinée, d’une œuvre traduite, du dernier roman d’un auteur connu, d’un livre pratique ou d’un ouvrage scolaire. Tous les livres pour tous les publics, voilà notre modèle.


Ce modèle, c’est la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre qui en est le pivot et le garant. En permettant d’infléchir les règles du marché afin de tenir compte de la nature culturelle et économique particulière du livre, elle passe aujourd’hui pour l’une des premières véritables lois de développement durable. Elle confie à l’éditeur la fixation du prix des livres qu’il publie. Les livres se vendent au même prix quel que soit le lieu d’achat, dans une librairie, une grande surface ou sur Internet, durant au moins deux ans. Ce système évite une guerre des prix sur les best-sellers qui ne permettrait plus aux libraires de présenter une offre de titres diversifiée ni aux éditeurs de prendre des risques sur des ouvrages de recherche et de création qui ont besoin de temps et de visibilité dans les librairies pour trouver leur public.


De surcroît, le prix unique fait baisser les prix. Contrairement aux idées reçues, les chiffres de l’INSEE montrent en effet que depuis une dizaine d’années les prix des livres ont évolué deux fois moins vite que l’inflation.



En favorisant la richesse, la diversité et le renouvellement de la création et de l’édition, en lieu et place d’une standardisation si courante dans de multiples secteurs aujourd’hui, en permettant une variété et une densité de points de vente du livre particulièrement remarquables, en privilégiant une véritable concurrence au détriment de la « loi de la jungle » et en maintenant des prix beaucoup plus accessibles que dans la majorité des autres pays développés, le prix unique du livre est une chance pour le consommateur, pour le lecteur et pour notre culture.
La loi du 10 août 1981 n’est ni obsolète ni corporatiste. Si elle mérite un débat, c’est pour la rendre plus vivante et plus forte encore.


Téléchargez l’appel pour le livre

Téléchargez le dossier complet de l’appel pour le livre


Signer l’appel ICI




Le Monde a publié dans le numéro daté du mercredi 2 juillet cet appel préparé par le Syndicat de la Librairie Française pour défendre la loi de 1981 sur le prix du livre. Les premiers signataires sont:





- Alain Absire, écrivain, président de la société des gens de lettres
- Dominique Arot, président de l'association des bibliothécaires français
- Pierre Bayard, écrivain
- François Bégaudeau, écrivain
- Gérard Bobillier, éditions Verdier
- Benoît Bougerol, librairie la Maison du livre, Rodez, président du syndicat de la librairie française
- Dominique Bourgois, éditions Christian Bourgois
- Yannick Burtin, librairie le Merle moqueur, Paris 20, librairies Initiales
- Françoise Chandernagor, écrivain
- Françoise Charriau, librairie Passages, Lyon
- Bernard Courault, librairie Point Virgule, Aurillac
- Pierre Coursières, librairies Furet du Nord
- Térésa Cremisi, éditions Flammarion
- Christophe Cuvillier, FNAC
- Martine Dantin, librairies l'Arbre à lettres, Paris
- Guillaume Decitre, librairies Decitre
- Gérard de Cortanze, écrivain
- Jean-Christophe Defilhes, librairie Au poivre d'âne, Manosque, président de l'association des libraires du sud
- Hervé de la Martinière, éditions du Seuil et de la Martinière
- Jean Delas, éditions de l'Ecole des Loisirs
- Jean-Pierre Delbert, librairie Martin Delbert, Agen
- Michel Delorme, éditions Galilée
- Matthieu de Montchalin, librairie l'Armitière, Rouen
- Marie Desplechin, écrivain
- Thierry Discepolo, éditions Agone
- Jean Echenoz, écrivain
- Annie Ernaux, écrivain
- Francis Esménard, éditions Albin Michel
- Serge Eyrolles, éditions Eyrolles, président du syndicat national de l'édition
- Alice Ferney, écrivain
- Bertrand Fillaudeau et Fabienne Raphoz, éditions José Corti
- Alain Finkielkraut, écrivain
- Antoine Gallimard, éditions Gallimard
- Jérôme Garcin, écrivain, journaliste
- Laurent Gaudé, écrivain
- Christian Gautier, librairie le Passage, Alençon
- Anna Gavalda, écrivain
- François Gèze, éditions la Découverte
- Franz-Olivier Giesbert, écrivain, journaliste
- Jörg Hagen, France loisirs
- Nancy Huston, écrivain
- Charles Kermarec, librairie Dialogues, Brest
- Alain Kouck, groupe Editis
- Gilles Lapouge, écrivain
- Christophe Lasserre, Alapage
- Liana Levi, éditions Liana Levi
- Irène Lindon, éditions de Minuit
- Didier Lory, Chapitre.com, librairies Privat
- Alberto Manguel, écrivain
- Olivier Mannoni, traducteur, président de l'association des traducteurs littéraires de France
- Marion Mazauric, éditions Au Diable Vauvert
- Anne-Marie Métailié, éditions Anne-Marie Métailié
- Pierre Michon, écrivain
- Denis Mollat, librairie Mollat, Bordeaux
- Olivier Nora, éditions Grasset
- Françoise Nyssen, éditions Actes Sud
- Michel Onfray, écrivain
- Erik Orsenna, écrivain, membre de l'Académie française
- Paul Otchakovsky-Laurens, éditions POL
- Jean-Marie Ozanne, librairie Folies d'encre, Montreuil
- Daniel Pennac, écrivain
- Philippe Picquier, éditions Philippe Picquier
- Bernard Pivot, écrivain, journaliste
- Patrick Poivre d'Arvor, écrivain, journaliste
- Claude Ponti, écrivain, illustrateur
- Olivier Pounit-Gibert, librairies Gibert Joseph et Univers du livre
- Michel Prigent, Editions des Presses Universitaires de France
- Jean-Noël Reinhardt, Virgin
- Jean-Marc Roberts, éditions Stock
- Marc Szyjowicz, librairie Nation BD Net, Paris, président du groupement des libraires de bande dessinée
- Michel Serres, écrivain, membre de l'Académie française
- Jean-Marie Sevestre, librairies Sauramps, Montpellier, Alès
- Christian Thorel, librairie Ombres blanches, Toulouse
- Jean-Philippe Toussaint, écrivain
- Laurence Tutello, librairie Le Chat Pitre, Paris 13, présidente de l'association des librairies spécialisées jeunesse
- Philippe Van der Wees, Cultura
- Bernard Wallet, éditions Verticales
- Sabine Wespieser, éditions Sabine Wespieser






Si vous avez encore le courage de lire quelque chose sur le sujet, voici un article que j'ai écrit à ce sujet début juin : il explique comment tout ce barouf a commencé :




La loi Lang est relativement simple: elle stipule que de Boulogne-sur-mer à Marseille, un livre doit coûter la même chose. En autorisant une remise de 5% maximum, cette mesure (l'une des 101 propositions du candidat Mitterrand) protège depuis plus de vingt-cinq ans les libraires indépendants... et agace les "grands groupes". Déjà, dans les années 80, l' "agitateur culturel" qu'est la Fnac l'accusait de contrevenir au traité de Rome; aujourd'hui, Michel-Edouard Leclerc a pris le relais, proposant sur son blog, à l'occasion de la remise du rapport Attali, sa suppression pure et simple: "Une 317 ème proposition: abolir la loi Lang? Chiche *!".

La dernière attaque a eu lieu le 26 mai, en plein débat sur le projet de loi pour la modernisation de l'économie. Sur proposition d'un député Nouveau Centre, Jean Dionis du Séjour, l'Assemblée a examiné un amendement visant à écourter de deux ans à six mois le délai durant lequel les soldes de livres sont interdits. Selon lui, "les livres d'actualité sont plus nombreux, ils vieillissent vite et ils sont vite retirés des rayons. 50 millions d'entre eux partent au pilon." D'où l'idée de les solder rapidement... Concrètement, cela donnerait une seconde vie, six mois après sa parution, au énième portrait politique de Nicolas Sarkozy. Une chance ?


Evidemment, la réaction des professionnels ne s'est pas fait attendre : un communiqué du Syndicat National de l'Edition, du Syndicat de la Librairie Française, et de la Société des Gens de Lettres a dénoncé une mesure qui "bouleverserait le marché du livre", diminuerait la qualité de l'offre éditoriale, et entraînerait la mort des librairies indépendantes, incapables de lutter contre les grandes surfaces culturelles et les vendeurs de livres en ligne. "De toute façon, analyse Marie-Rose Guarnieri, libraire à Montmartre et créatrice du prestigieux prix Wepler, ça fait longtemps que Leclerc et Amazon cherchent à faire éclater cette loi en prétendant défendre le consommateur. Cette histoire de six mois est aberrante. Notre métier demande justement du temps: celui de faire connaître une oeuvre au public. Ce serait du suicide que de brader des ouvrages au bout de six mois. Et quelle démagogie de faire croire que tout cela va faire baisser les prix !". De fait la Grande-Bretagne, qui a déréglementé le prix du livre en 1995, ne compte quasiment plus de librairies indépendantes ; et les livres y sont globalement plus chers qu'en France.

La profession, furieuse, a interpellé Christine Albanel, qui les a soutenus. "Nicolas Sarkozy n'avait pas exprimé le désir de réformer cette loi. On ne s'attendait pas du tout à cela, s'étonne encore Eric Vigne, éditeur et auteur du récent Le livre et l'éditeur*. Difficile, en effet, de comprendre ce subit intérêt de Jean Dionis du Séjour pour la loi Lang. Ce qui est certain, c'est que les vendeurs de livres en ligne seraient les premiers bénéficiaires d'une réforme qui leur permettrait de vendre des ouvrages moins cher (avec livraison gratuite).

On en est encore bien loin, puisque la proposition de Jean Dionis du Séjour n'a, finalement, pas été adoptée par le Parlement. Reste que cette initiative est, selon Eric Vigne, un "coup de canif" à la loi Lang. Et que, début mai, les libraires ont perdu une autre bataille, juridique celle-là: la Cour de Cassation vient d'autoriser la gratuité des frais de port pour les vendeurs de livres en ligne. Et cette petite entorse à la loi Lang inquiète déjà les libraires et les éditeurs.

mardi 18 mars 2008

Ce que portent les femmes






Claire Wolniewicz, je l'avais découverte avec ravissement en 2006, avec Ubiquité, charmant roman qui racontait l'histoire bizarre d'un homme qui ressemble à plein d'autres hommes et qui se retrouve un beau jour avec l'Origine du monde sous le nez (notez que la chose n'a rien de désagréable).

Mais bon, Le temps d'une chute raconte tout autre chose. Ce bref roman nous invite en effet à suivre la vie d'une créatrice de mode, Madelaine Delisle, de ses débuts d'apprentie dans un petit atelier limousin aux grands défilés parisiens. Madelaine traverse, -et c'est passionnant-, les tourments du siècle à travers le prisme de l'élégance; et il est amusant de se souvenir que les vêtements étaient très sombres pendant la seconde guerre mondiale, que le New Look de Christian Dior a été une véritable révolution sociale, et que l'essor du prêt-à-porter a décidément foutu un sacré coup à l'élégance à la française (Et Claire Wolniewicz de rappeler opportunément que Balenciaga avait déclaré en 1968 que «la mode a fait place à la vulgarité, et l'élégance a disparu»).

Et Madelaine ? Pour résumer, on dira que si la belle n'a pas son pareil pour imaginer un boléro en soie, ses relations familiales et amoureuses sont bien plus délicates à tisser..(Attention : ceci est le fracassant début d'une lourdissime métaphore filée.) Et il n'y a pas besoin d'en dire plus pour évoquer Le temps d'une chute, saga vestimentaire habil(l)ement menée par l'écriture claire de Claire. Seul regret : que ces personnages, (Madelaine la première), manquent un peu d'épaisseur (ou d'étoffe, devrai-je dire). Mais on pardonne tout cela à la romancière, parce que Le temps d'une chute a la grâce d'un tourbillon de taffetas et de soieries... serti de remarques assez fines sur le rapport entre la mode et les femmes qui la portent.


Claire Wolniewicz, Le temps d'une chute. Viviane Hamy. 19 euros.

jeudi 13 décembre 2007

SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ !










A l'heure de la récré, tous les enfants font des échanges plus ou moins malencontreux. En 2007, ça donne à peu près ça. "Ouais, file moi ta carte de Yu-Gi-Oh et moi je te file mon poster de Zidane". Bon, finalement, rien n'a changé depuis ce roman, qui débute sous l'Angleterre de Thatcher. Et l'échange dont je vais vous parler concerne deux petits garçons, Harvey et Charles. Harvey, qui aurait mieux fait ce jour là d'aller potasser son algèbre, troque une vieille BD de Superman contre un vulgaire morceau de plastique. Le hic, c'est que vingt ans plus tard, la BD en question est devenue vintage, et elle vaut une petite fortune. Voilà pourquoi Harvey, qui, vingt ans plus tard, s'ennuie ferme dans sa librairie londonienne, brûle de la retrouver. Et pourtant, donner, c'est donner... Serait-il prêt à tout pour mettre la main sur la BD qui valait de l'or?
Ainsi débute ce réjouissant polar à l'humour grinçant, aussi drôle qu'un Nick Hornby et aussi haletant qu'un Agatha Christie, qui vous emmène des falaises des Cornouailles à la banlieue de Londres. Et vous n'avez nul besoin d'être un nostalgique des comics pour s'amuser des péripéties d'Harvey, parfait anti-héros au pays des superheroes. Wizz !


Swap
, d'Antony Moore. Liana Levi, 20 euros.


PS
A noter que l'éditrice Liana Levi a le bon goût de ne pas nous inonder de littérature chaque semestre; elle ne publie donc que très peu de romans par an. Swap est le seul roman de cette rentrée de janvier. Il est très bien.

vendredi 30 novembre 2007

American Beauty








C'est d'abord l'histoire de deux professeurs d'art, sur le campus de Wellington, aux Etats-Unis, qui n'en finissent pas de se détester. D'un côté, Howard Belsey, la cinquantaine fatiguée, gauchiste et un peu bohème; de l'autre, Monty Kipps, Anglo-Jamaïcain impeccable, conservateur et rigoriste. Mais pendant que les deux hommes se livrent une guerre intellectuelle sans merci, leurs femmes et enfants, eux... se rencontrent, s'aiment, se disputent, ou se quittent. Mais gare! De la beauté n'est pas seulement une comédie amoureuse comme les Anglais savent en faire depuis des siècles. C'est aussi une immense saga familiale et sociale, écrite par une fan de E.M Forster, qui aborde sans tabou ni cliché des thèmes délicats : le métissage, l'héritage colonial, ou le rapport à l'art. Enfin, ai-je besoin de préciser que le style vif et lucide de Zadie Smith me réjouit ?

De la beauté, de Zadie Smith. Gallimard, 23,50 euros.

Musique : Judgement Day, de Jim Murple Memorial. Sur l'album Rhythm & blues Jamaïcain. 10 euros.

vendredi 8 juin 2007

Je me souviens...



… De ce poème de Desnos*.

« Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ca n’existe pas, ça n’existe pas »
.


Nostalgie des récitations d’enfant. Droit comme un I
devant le tableau. Voix fluette, sourire crispé,
genoux cagneux. On commence. « La fourmi » La
maîtresse attend. « De Robert Desnos.»

Voici, réédités dans une anthologie pour enfants, les
œuvres du poète.

Tout le monde sait que Desnos ne s’adresse pas aux
enfants. La preuve.

AU MOCASSIN, LE VERBE

« Tu me suicides, si docilement.
Je te mourrai pourtant un jour.
Je connaîtrons cette femme idéale
Et lentement je neigerai sur sa bouche
Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard,
Même si je fais beau temps
Nous aimez si peu nos yeux
Et s’écroulerai cette larme sans
raison bien entendu et sans tristesse.
sans. »

C’est joli, non ?

Il faut relire Desnos, et par cette jolie anthologie
de 65 poèmes, parce qu’elle est pleine de couleurs.
Parce que les lettres sont grosses, et permettent
d’apprécier les mots qu’on lit. Parce que cette
anthologie est belle et incongrue.


Poèmes de Robert Desnos. Illustrations de Frédéric Benaglia. Bayard Jeunesse, dès 9 ans... 102 p. 17,90 euros.

*Et pourquoi Fantômas ? Parce que Desnos l'adorait.

mardi 16 janvier 2007

Petit éloge d'un éloge d'un éloge d'un éloge de....




Toujours intéressant de voir naître une collection : celle dont je vous parle a bien réussi son lancement. Ce sont des textes inédits d'écrivains en Folio 2 euros, sur des thèmes intéressants qu'ils ont eux-mêmes choisi, le but pour Gallimard étant probablement de s'attirer aussi un public plus large que d'habitude. On y retrouve Boualem Sansal, Caryl Férey, Régine Detambel, ou encore Richard Millet. Cela donne des textes inégaux, mais toujours agréables. Voyez par exemple ce petit éloge de l'excès de Caryl Ferey, où l'homme raconte sa passion pour Raoul Vaneigem et la biture; le texte est naïf, passionné. Mignon.


Lisez plutôt le petit éloge du temps présent de Jean-Marie Laclavetine, très très réussi, aux textes bien "sentis" sur les femmes ou la politique. Quant au petit éloge de la peau de Régine Detambel, il s'intéresse aux études du psychiatre Clérambault, qui a analysé la passion névrotique de certaines de ses patientes pour les draperies. Ces dames possédaient en effet une attirance érotique pour les belles étoffes. Elle étaient souvent arrêtées par la police, toutes affairées à se masturber dans des cabines d'essayage de la Samaritaine. Régine Detambel a donc ressucité dans son essai ces pratiques sympathiques.

J'approuve.


Tout ça ne vous fait pas comprendre pourquoi en illustration, j'ai choisi de mettre une image de Blinky, le poulet sympa. Deux raisons à cela. D'abord parce que ce happening de 1979 de Jeffrey Vallance, m'a beaucoup fait rire quand j'en ai vu la vidéo. Vallance a en effet décidé de prendre un poulet dans un supermarché et d'organiser son enterrement filmé, avec autopsie et tout le tralala, le tout pour stigmatiser la vilaine société de consommation. Le propos est faible, mais je trouve cela drôle. La deuxième raison, c'est que je préfère Blinky aux couvertures des Petits éloges, qui sont, disons le, particulièrement ratées, un peu ringardes, aux couleurs criardes, à l'intérêt artistique faible. Est-ce comme cela que l'on attire les pauvres lecteurs dans les librairies? Est-ce parce que la collection vaut deux euros? Je vous le demande.




(Exemple réussi de couverture ratée pour livre intéressant)