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lundi 17 novembre 2008

LA GUERRE DES PRIX N'AURA PAS LIEU





Une fois l'an (c'est la coutume), des questions qui «fâchent» sont censées agiter le fameux et inexistant «milieu littéraire» :

- Les jurés des prix littéraires sont-ils corrompus ? (Mais oui! )

- Les éditeurs (et les grands groupes, Hachette et consorts) mettent-ils en péril l'indépendance des jurys ? (Bien évidemment !)

- Y a t-il de bons, de grands écrivains complètement oubliés dans ces festivités, lesquelles, de toute manière, ne concernent qu'un tout petit monde, qui ne se déplace qu'entre Saint-Germain-des-Prés et Odéon? (Oh ! Mais ça ne fait pas un pli ! )


Donc je laisse les autres tenter de répondre à ces brûlantes questions, qui préoccupent trois personnes 1/2 sur des plateaux télé, ravies de pouvoir palabrer sur ces marronniers littéraires, qui sont de saison après tout (nous sommes en novembre).

Qu'ils commentent à leur aise le Goncourt décerné à Atiq Rahimi ou le Prix Décembre à Mathias Enard, je suis bien contente pour eux moi, et je les laisse faire avec bienveillance. Car attention, hein, je ne vais pas vous faire le coup d'écrire que ceux qui ont le Goncourt sont tous des pourris alors que ceux qui obtiennent de petits prix que personne ne connaît sont formidables. Mais j'ai autre chose à raconter, voilà tout : je viens vous parler d'un prix littéraire d'une part, et d'un recueil de nouvelles d'autre part.


Alors, d'abord, le prize itself: c'est un chouette prix qui a été décerné jeudi dernier, c'est à dire le 13 novembre, et qui s'appelle le Prix du Style. Notez que c'est en soi un très bon nom pour qualifier une récompense littéraire, n'est-ce-pas, puisqu'il met en valeur la qualité d'une oeuvre et non celle du jury. Je m'explique: les prix littéraires sont plus souvent définis par leurs jurys que par les livres qu'ils défendent. Ainsi, la qualité principale du Goncourt des Lycéens est d'être décerné par des lycéens, le Fémina par des femmes, l'Interallié par des journalistes, etc, etc, etc.


Alors que le Prix du Style, pas du tout : d'abord, son jury est assez hétéroclite et plutôt people (seule raison valable pour rassembler David Abiker, Irène Frain, Ariel Wizman et Philippe Delerm dans un prix littéraire). Mais sa grande qualité est de récompenser un truc parfois un peu oublié, un truc un peu ringard, un truc qui s'appelle le style.




Et de belle manière, puisque le lauréat de cette année est infiniment talentueux et qu'il s'appelle Bernard Quiriny. Cet homme belge à la petite trentaine a écrit le meilleur recueil de nouvelles francophones de l'année, (bien que je ne les ai pas tous lus, faut être honnête). Et les jurés du Prix du Style ne s'y sont pas trompés, je vous assure, puisqu'ils ont voté en masse pour ces Contes Carnivores, de vrais bijoux de style préfacés par Enrique Vila-Matas, bref un livre que je conseille de vous offrir à Noël (au lieu d'acheter le Laurent Gaudé par exemple).




















Car voilà enfin un écrivain francophone qui ne verse ni dans l'autofiction nombriliste, ni dans les facilités du roman psychologisant, ni dans la fiction historique frelatée. Cela se fête! Dignement: les quatorze nouvelles de ces Contes carnivores sont autant de bijoux surréalistes. Il y a un peu du Passe-Muraille de Marcel Aymé, un peu d'inquiétante étrangeté à la Edgar Poe, un peu de fantastique à la Cortazar, un peu d'humour absurde à la Raymond Queneau... Je passe les références, on s'en fiche presque, mais sachez qu'on on tremble, on rit, on s'extasie, on dévore ces Contes carnivores, fables dignes d'un tableau de Dali, qui mettent en scène avec une jubilation érudite une femme-orange qui se boit, une langue d'Indiens que personne ne comprend, un suicide par tueur à gages interposé, ou un biographe d'homonymes célèbres (auteur d'une Vie de «Théophile Gautier, cordonnier à Lattes», ou de «Cambronne, représentant de commerce dans le Doubs».



Bernard Quiriny, Contes carnivores. 18 euros.





QUELQUES MOTS SUR LA B.O


The Old main Drag, des Pogues. Deux raisons à cela : j'adore l'Irlande (et j'adore les Pogues). Ensuite, cette chanson raconte l'histoire d'un gars qui arrive à Londres à 16 ans et qui se drogue et qui fait le tapin et qui est tout le temps défoncé et on le frappe souvent et c'est une très bonne chanson, qui, je le rappelle, figure au générique du film My Own Private Idaho de Gus Van Sant avec River Phoenix et Keanu Reeves :




THE OLD MAIN DRAG




When I first came to london I was only sixteen
With a fiver in my pocket and my ole dancing bag
I went down to the dilly to check out the scene
And I soon ended up on the old main drag

There the he-males and the she-males paraded in style
And the old man with the money would flash you a smile
In the dark of an alley youd work for a fiver
For a swift one off the wrist down on the old main drag

In the cold winter nights the old town it was chill
But there were boys in the cafes whod give you cheap pills
If you didnt have the money youd cajole or youd beg
There was always lots of tuinol on the old main drag

One evening as I was lying down by leicester square
I was picked up by the coppers and kicked in the balls
Between the metal doors at vine street I was beaten and mauled
And they ruined my good looks for the old main drag

In the tube station the old ones who were on the way out
Would dribble and vomit and grovel and shout
And the coppers would come along and push them about
And I wished I could escape from the old main drag

And now Im lying here Ive had too much booze
Ive been shat on and spat on and raped and abused
I know that I am dying and I wish I could beg
For some money to take me from the old main drag

dimanche 13 juillet 2008

APPEL POUR LE LIVRE / SIGNEZ !



Cher lecteur, cher bloggeur,

Si nous avons la chance aujourd'hui de pouvoir chroniquer des romans publiés dans de petites maisons d'édition talentueuses, si nous avons la chance de lire des écrivains à-3000-exemplaires-mais-très-doués, si nous avons la chance d'avoir un libraire, quelque part à Dijon, Carpentras ou Laval, qui nous oriente, nous conseille et nous guide vers ces gens-là,si la France reste un pays où la création littéraire est largement soutenue, nous le devons en grande partie à une loi méconnue : la loi Lang d'août 81, qui fixe le prix unique pour les bouquins, et qui empêche les Leclerc et autres Amazon de balayer les libraires indépendants du marché du livre.

Cela semble être un combat de David contre Goliath, cela vous paraîtra peut-être caricatural d'opposer ainsi la vilaine grande distribution au gentil petit libraire, mais je vous assure (et je parle en tant qu'employée de librairie, et surtout journaliste) que c'est le cas et que les forces sont loin d'être égales.

Qu'on ne vienne pas me parler de défense du consommateur: en Angleterre, où cette loi n'existe plus depuis 1995, les prix ont augmenté de 20%.


Voici l'appel pour le livre et la pétition à signer.




Appel pour le livre




Des amendements proposés par des députés de la majorité parlementaire lors de l’examen du projet de loi de modernisation de l’économie ont ouvert un large débat sur la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre, dite « loi Lang ».

Les professionnels du livre, auteurs, traducteurs, éditeurs et libraires, rejoints par les bibliothécaires et de nombreux acteurs du livre en régions, ont expliqué d’une même voix que ces amendements remettaient en cause la loi de 1981 et menaçaient les équilibres du marché du livre, ainsi que la diversité de la création et de l’édition françaises. Leur mobilisation a été relayée par des membres du gouvernement. Madame Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a souligné combien cette loi restait un outil indispensable pour protéger la littérature. Madame Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, quant à elle, a indiqué ne vouloir changer ni la politique du livre ni le système législatif actuel.

Les acteurs du livre sont néanmoins inquiets car beaucoup d’idées fausses sont colportées sur la loi par quelques multinationales du commerce culturel. Le lobbying qu’elles exercent auprès des parlementaires est à l’origine de ces amendements. Il vise à déréguler le marché du livre afin d’imposer un modèle commercial basé sur une volonté d’hégémonie et une stratégie purement financière. Derrière leurs arguments démagogiques mêlant modernité, défense du pouvoir d’achat et même écologie se cache un combat contre la création, la diversité, la concurrence et l’accès du plus grand nombre au livre.

Ce modèle culturel français, nous y sommes pour notre part indéfectiblement attachés. Ses vertus sont multiples. Avec plus de 2500 points de vente, le réseau des librairies est dans notre pays l’un des plus denses au monde. Il permet, aux côtés du réseau de la lecture publique, un accès au livre aisé et constitue un atout important pour l’aménagement du territoire et l’animation culturelle et commerciale des centres-villes. Ce réseau de librairies indépendantes cohabite avec d’autres circuits de diffusion du livre, les grandes surfaces culturelles, la grande distribution, les clubs de livres ou Internet. Depuis de nombreuses années et à l’inverse d’autres secteurs culturels comme le disque ou la vidéo, le marché du livre se développe sans qu’aucun circuit n’écrase ses concurrents. Chaque circuit joue son rôle et le consommateur bénéficie d’un véritable choix.


Pour la création et l’édition, cette densité et cette variété des circuits de vente du livre offrent à chaque auteur et à chaque livre le maximum de chances d’atteindre son public, qu’il s’agisse d’un premier roman, d’un ouvrage de recherche, d’un livre pour enfant, d’une bande dessinée, d’une œuvre traduite, du dernier roman d’un auteur connu, d’un livre pratique ou d’un ouvrage scolaire. Tous les livres pour tous les publics, voilà notre modèle.


Ce modèle, c’est la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre qui en est le pivot et le garant. En permettant d’infléchir les règles du marché afin de tenir compte de la nature culturelle et économique particulière du livre, elle passe aujourd’hui pour l’une des premières véritables lois de développement durable. Elle confie à l’éditeur la fixation du prix des livres qu’il publie. Les livres se vendent au même prix quel que soit le lieu d’achat, dans une librairie, une grande surface ou sur Internet, durant au moins deux ans. Ce système évite une guerre des prix sur les best-sellers qui ne permettrait plus aux libraires de présenter une offre de titres diversifiée ni aux éditeurs de prendre des risques sur des ouvrages de recherche et de création qui ont besoin de temps et de visibilité dans les librairies pour trouver leur public.


De surcroît, le prix unique fait baisser les prix. Contrairement aux idées reçues, les chiffres de l’INSEE montrent en effet que depuis une dizaine d’années les prix des livres ont évolué deux fois moins vite que l’inflation.



En favorisant la richesse, la diversité et le renouvellement de la création et de l’édition, en lieu et place d’une standardisation si courante dans de multiples secteurs aujourd’hui, en permettant une variété et une densité de points de vente du livre particulièrement remarquables, en privilégiant une véritable concurrence au détriment de la « loi de la jungle » et en maintenant des prix beaucoup plus accessibles que dans la majorité des autres pays développés, le prix unique du livre est une chance pour le consommateur, pour le lecteur et pour notre culture.
La loi du 10 août 1981 n’est ni obsolète ni corporatiste. Si elle mérite un débat, c’est pour la rendre plus vivante et plus forte encore.


Téléchargez l’appel pour le livre

Téléchargez le dossier complet de l’appel pour le livre


Signer l’appel ICI




Le Monde a publié dans le numéro daté du mercredi 2 juillet cet appel préparé par le Syndicat de la Librairie Française pour défendre la loi de 1981 sur le prix du livre. Les premiers signataires sont:





- Alain Absire, écrivain, président de la société des gens de lettres
- Dominique Arot, président de l'association des bibliothécaires français
- Pierre Bayard, écrivain
- François Bégaudeau, écrivain
- Gérard Bobillier, éditions Verdier
- Benoît Bougerol, librairie la Maison du livre, Rodez, président du syndicat de la librairie française
- Dominique Bourgois, éditions Christian Bourgois
- Yannick Burtin, librairie le Merle moqueur, Paris 20, librairies Initiales
- Françoise Chandernagor, écrivain
- Françoise Charriau, librairie Passages, Lyon
- Bernard Courault, librairie Point Virgule, Aurillac
- Pierre Coursières, librairies Furet du Nord
- Térésa Cremisi, éditions Flammarion
- Christophe Cuvillier, FNAC
- Martine Dantin, librairies l'Arbre à lettres, Paris
- Guillaume Decitre, librairies Decitre
- Gérard de Cortanze, écrivain
- Jean-Christophe Defilhes, librairie Au poivre d'âne, Manosque, président de l'association des libraires du sud
- Hervé de la Martinière, éditions du Seuil et de la Martinière
- Jean Delas, éditions de l'Ecole des Loisirs
- Jean-Pierre Delbert, librairie Martin Delbert, Agen
- Michel Delorme, éditions Galilée
- Matthieu de Montchalin, librairie l'Armitière, Rouen
- Marie Desplechin, écrivain
- Thierry Discepolo, éditions Agone
- Jean Echenoz, écrivain
- Annie Ernaux, écrivain
- Francis Esménard, éditions Albin Michel
- Serge Eyrolles, éditions Eyrolles, président du syndicat national de l'édition
- Alice Ferney, écrivain
- Bertrand Fillaudeau et Fabienne Raphoz, éditions José Corti
- Alain Finkielkraut, écrivain
- Antoine Gallimard, éditions Gallimard
- Jérôme Garcin, écrivain, journaliste
- Laurent Gaudé, écrivain
- Christian Gautier, librairie le Passage, Alençon
- Anna Gavalda, écrivain
- François Gèze, éditions la Découverte
- Franz-Olivier Giesbert, écrivain, journaliste
- Jörg Hagen, France loisirs
- Nancy Huston, écrivain
- Charles Kermarec, librairie Dialogues, Brest
- Alain Kouck, groupe Editis
- Gilles Lapouge, écrivain
- Christophe Lasserre, Alapage
- Liana Levi, éditions Liana Levi
- Irène Lindon, éditions de Minuit
- Didier Lory, Chapitre.com, librairies Privat
- Alberto Manguel, écrivain
- Olivier Mannoni, traducteur, président de l'association des traducteurs littéraires de France
- Marion Mazauric, éditions Au Diable Vauvert
- Anne-Marie Métailié, éditions Anne-Marie Métailié
- Pierre Michon, écrivain
- Denis Mollat, librairie Mollat, Bordeaux
- Olivier Nora, éditions Grasset
- Françoise Nyssen, éditions Actes Sud
- Michel Onfray, écrivain
- Erik Orsenna, écrivain, membre de l'Académie française
- Paul Otchakovsky-Laurens, éditions POL
- Jean-Marie Ozanne, librairie Folies d'encre, Montreuil
- Daniel Pennac, écrivain
- Philippe Picquier, éditions Philippe Picquier
- Bernard Pivot, écrivain, journaliste
- Patrick Poivre d'Arvor, écrivain, journaliste
- Claude Ponti, écrivain, illustrateur
- Olivier Pounit-Gibert, librairies Gibert Joseph et Univers du livre
- Michel Prigent, Editions des Presses Universitaires de France
- Jean-Noël Reinhardt, Virgin
- Jean-Marc Roberts, éditions Stock
- Marc Szyjowicz, librairie Nation BD Net, Paris, président du groupement des libraires de bande dessinée
- Michel Serres, écrivain, membre de l'Académie française
- Jean-Marie Sevestre, librairies Sauramps, Montpellier, Alès
- Christian Thorel, librairie Ombres blanches, Toulouse
- Jean-Philippe Toussaint, écrivain
- Laurence Tutello, librairie Le Chat Pitre, Paris 13, présidente de l'association des librairies spécialisées jeunesse
- Philippe Van der Wees, Cultura
- Bernard Wallet, éditions Verticales
- Sabine Wespieser, éditions Sabine Wespieser






Si vous avez encore le courage de lire quelque chose sur le sujet, voici un article que j'ai écrit à ce sujet début juin : il explique comment tout ce barouf a commencé :




La loi Lang est relativement simple: elle stipule que de Boulogne-sur-mer à Marseille, un livre doit coûter la même chose. En autorisant une remise de 5% maximum, cette mesure (l'une des 101 propositions du candidat Mitterrand) protège depuis plus de vingt-cinq ans les libraires indépendants... et agace les "grands groupes". Déjà, dans les années 80, l' "agitateur culturel" qu'est la Fnac l'accusait de contrevenir au traité de Rome; aujourd'hui, Michel-Edouard Leclerc a pris le relais, proposant sur son blog, à l'occasion de la remise du rapport Attali, sa suppression pure et simple: "Une 317 ème proposition: abolir la loi Lang? Chiche *!".

La dernière attaque a eu lieu le 26 mai, en plein débat sur le projet de loi pour la modernisation de l'économie. Sur proposition d'un député Nouveau Centre, Jean Dionis du Séjour, l'Assemblée a examiné un amendement visant à écourter de deux ans à six mois le délai durant lequel les soldes de livres sont interdits. Selon lui, "les livres d'actualité sont plus nombreux, ils vieillissent vite et ils sont vite retirés des rayons. 50 millions d'entre eux partent au pilon." D'où l'idée de les solder rapidement... Concrètement, cela donnerait une seconde vie, six mois après sa parution, au énième portrait politique de Nicolas Sarkozy. Une chance ?


Evidemment, la réaction des professionnels ne s'est pas fait attendre : un communiqué du Syndicat National de l'Edition, du Syndicat de la Librairie Française, et de la Société des Gens de Lettres a dénoncé une mesure qui "bouleverserait le marché du livre", diminuerait la qualité de l'offre éditoriale, et entraînerait la mort des librairies indépendantes, incapables de lutter contre les grandes surfaces culturelles et les vendeurs de livres en ligne. "De toute façon, analyse Marie-Rose Guarnieri, libraire à Montmartre et créatrice du prestigieux prix Wepler, ça fait longtemps que Leclerc et Amazon cherchent à faire éclater cette loi en prétendant défendre le consommateur. Cette histoire de six mois est aberrante. Notre métier demande justement du temps: celui de faire connaître une oeuvre au public. Ce serait du suicide que de brader des ouvrages au bout de six mois. Et quelle démagogie de faire croire que tout cela va faire baisser les prix !". De fait la Grande-Bretagne, qui a déréglementé le prix du livre en 1995, ne compte quasiment plus de librairies indépendantes ; et les livres y sont globalement plus chers qu'en France.

La profession, furieuse, a interpellé Christine Albanel, qui les a soutenus. "Nicolas Sarkozy n'avait pas exprimé le désir de réformer cette loi. On ne s'attendait pas du tout à cela, s'étonne encore Eric Vigne, éditeur et auteur du récent Le livre et l'éditeur*. Difficile, en effet, de comprendre ce subit intérêt de Jean Dionis du Séjour pour la loi Lang. Ce qui est certain, c'est que les vendeurs de livres en ligne seraient les premiers bénéficiaires d'une réforme qui leur permettrait de vendre des ouvrages moins cher (avec livraison gratuite).

On en est encore bien loin, puisque la proposition de Jean Dionis du Séjour n'a, finalement, pas été adoptée par le Parlement. Reste que cette initiative est, selon Eric Vigne, un "coup de canif" à la loi Lang. Et que, début mai, les libraires ont perdu une autre bataille, juridique celle-là: la Cour de Cassation vient d'autoriser la gratuité des frais de port pour les vendeurs de livres en ligne. Et cette petite entorse à la loi Lang inquiète déjà les libraires et les éditeurs.

mercredi 12 mars 2008

Bienvenue chez les geeks du New Jersey









Déjà le printemps...Faut dire qu'il s'en est passé des choses en deux mois. Déjà, je suis allée à Rome, à la Villa Médicis, pour enregistrer Denis Podalydès et Alain Finkielkraut. C'était très beau. Et question images, ça a donné à peu près ça :




(Splendide!)







Sinon, j'ai lu plein, plein de romans israéliens, et j'ai retenu Beaufort, de Ron Leshem, et My First Sony, de Benny Barbash; je développerai tout cela très très vite, promis, au moment du Salon du Livre c'est à dire d'ici à la fin de cette semaine. J'ai aussi lu un roman non-israélien, (ça arrive), Le temps d'une chute, de Claire Wolniewicz, très très bien (quel avis original, vraiment ! C'est à pleurer.) C'est que là aussi il va falloir attendre un peu, car aujourd'hui, je viens vous parler de tout autre chose. C'est un film.



C'est le dernier long-métrage de Michel Gondry, Soyez sympas, rembobinez. Jamais vu un titre si idiot. C'est une traduction totalement aberrante du joli titre anglais Be Kind, Rewind (notez le rythme, la rime, tout cela si joli, si délicat, et impitoyablement massacré par cette honteuse traduction française.) C'est l"histoire de deux acolytes complètement ringards du New Jersey qui ont effacé par mégarde toutes les bandes magnétiques des VHS du vidéo club dans lequel ils travaillent; du coup, pour ne pas s'attirer le courroux de leurs trop rares clients, ils s'amusent à filmer de nouveau ces blockbusters...à leur sauce. Mais laissons de côté cette intrigue et revenons au titre. Je vous le dis: moi qui ai travaillé dans un vidéo club à l'adolescence, à l'époque des VHS donc, je peux vous assurer que JAMAIS on n'aurait écrit sur une K7 "Soyez sympas, rembobinez", au risque de se faire INSULTER par les clients pour pratique niaiseuse de la langue française. On aurait utilisé, à la limite, le mutin "Rembobinez moi, merci" ou bien le très administratif "Merci de rembobiner cette K7", ou encore une version un peu "toilettes publiques": "Merci de rendre cette VHS dans l'état dans lequel vous l'avez trouvée".

Alors, bon, certes, Soyez Sympas, Rembobinez, n'a pas de phrases choc en stock du genre "Hein biloute"... mais c'est drôle quand même. Et Jack Black (Rock Academy, High Fidelity) y est, (comme toujours), adorablement grossier; et enfin, même si les bons sentiments y sont rois et l'intrigue faiblarde, je pardonne tout, tout, à Michel Gondry, parce ses parodies "sweded" de Rush Hour, Ghostbusters ou de Robocop, sont délicieuses.

Voilà. Et sinon, je ne résiste pas au plaisir de vous mettre une vidéo de l'un des ses plus beaux clips: Protection, de Massive Attack, tourné dans les années 90. N'oublions pas que Michel Gondry est l'un des plus grands réalisateurs de clips des roaring nineties , c'est-à dire l'époque chouettte de Bjork et de Tricky. Admirez l'habileté avec laquelle il filme, avec "trois fois rien", ce grand groupe qu'est Massive Attack.










A noter que l'on peut retrouver tous les clips de Michel Gondry... dans le très bien fait The Work of Michel Gondry...









Détail : c'est un DVD.

vendredi 21 décembre 2007

best of 2007 / les livres, films, disques et expos qui m'ont fait passer l'année




Bon. Avant de me ruer sur les "beaux" livres de Noël -dont le superbe Dit du Genji, soit trente kilos au bas mot de littérature japonaise médiévale- donc je disais: avant de me ruer sur les plus ou moins beaux livres, et avant de me ruer sur les romans de janvier 2008, et aussi avant d'essayer de deviner ce qui m'attend l'été prochain, et puis même avant de spéculer sur les prix littéraires de l'année prochaine -Gallimard, Gallimard pas?-, bref avant d'attaquer 2008 j'ai envie de me retourner sur ce que j'ai lu, vu, et entendu cette année de bien, de beau et de bon.


Oui, 2007 fut infiniment....


-ROCK'N'ROLL EIGHTIES





Yeah baby ! En plein hiver morose, j'ai redécouvert Blondie, sa blondeur diaphane et sa voix pointue grâce à Maylis de Kérangal et son très puissant Dans les rapides, qui raconte l'histoire de trois copines qui s'ennuient au Havre sous la pluie et qui rêvent de conquérir New York. Blondie m'a boostée à un tel point que cet été j'ai poussé le vice jusqu'à acquérir le sac en toile à son effigie réalisé par Marc Jacobs pour une quelconque assoce caritative. 10 euros seulement.



(ça c'est le livre)






(ça c'est le sac)




Et puis vers la fin de l'année, il y a eu les grèves et il y a eu le froid, mais il y a surtout eu le terrific Bob Dylan, avec la sortie de Dylan par Dylan chez Bartillat et du beau film de Todd Haynes. Je n'ajouterai rien de plus tant j'en ai fait déjà des tonnes ici.



-PHILOSOPHIQUE



On ne s'y attendait pas, mais finalement, la philo est en vogue. Oh, pas n'importe laquelle. On préfère aux essais les revues, et Philosophie Magazine se vend plutôt bien, même en en parlant tout le temps. Enfin non, pas tout le temps. Car si "Philomag" se fait remarquer par le grand public en avril, c'est pour un acte éminement non-philosophique : la publication d'un dialogue de Nicolas Sarkozy avec Michel Onfray où le futur président dit ceci. "J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie." Diantre!

Sinon, le Manuel de survie dans les dîners en ville a joué la carte de la vulgarisation philosophique avec un certain succès. Certes, ici, elle frise parfois la vulgarité, postulant avec humour que les intellos sont chiants, snobs, et teriblement intellos, mais tout cela est très second degré n'est-ce-pas, car nous en sommes après tout; mais il faut bien en rire.

-Et j'ai ri plus encore avec Vincent Delecroix, jeune auteur que j'avais découvert fin 2006 avec Ce qui est perdu, roman hilarant et presque ludique, qui parle de Kierkergaard et d'un gros chagrin d'amour. Résultat: à la rentrée de septembre, je me suis ruée sur La chaussure sur le toit, un roman choral au pitch très simple : une chaussure sur le toit d'un immeuble du 10ème arrondissement de Paris, qui engendre autant d'histoires que de personnages loufoques. Je n'en dis pas plus parce que franchement, vous l'aurez englouti le temps d'un Paris-Brest.






-IRANIENNE


L'Iran, ce n'est pas seulement Ahmadinejad évoquant l'absence totale d'homosexuels dans son pays lors d'une désastreuse conférence à Columbia. C'est aussi ce livre, qui a retenu mon attention malgré son titre idiot : Les Pintades à Téhéran. Ecrit par Delphine Minoui, journaliste franco-iranienne qui bosse notamment pour Le Figaro, il raconte la vie quotidienne des Téhéranaises, genre l'épilation sous le tchador et bien d'autres turpitudes. Une sorte de Sex and the City persan, en plus instructif et très plaisant. Et puis il y a Persepolis . Le film d'animation de Marjane Satrapi, tout en noir et blanc, est une réussite, tant par son graphisme que par sa bande-son que par son récit, bouleversant, d'une enfance à Téhéran.




- JAZZ JAZZ JAZZ


Je me souviens m'être enthousiasmée sur Pannonica, le roman de Pauline Guéna. Douce variation sur Monk et Pannonica de Koenigswarter, cette aristocratique muse des jazzmen de l'après-guerre, le roman de la jeune Pauline Guéna met en scène de façon admirable Pannonica et ses cats, perdus dans le New York des fifties et du bop. Tout cela m'a rappelé la belle exposition du festival de photo d'Arles que j'avais vue en août: des polaroids de jazzmen pris par leur amie, et des étranges feuilles dactylographiées. Car cette drôle de femme avait posé une étrange et belle question à tous ces grands musiciens pauvres, noirs et drogués. "Quels sont vos trois voeux?" Ils y ont répondu et c'est très joli.




(oui je sais on n'y voit rien. Mais ce sont les voeux d'Ornette Coleman.)


-En musique, ma découverte de l'année est sans doute le groupe de jazz suédois E.S.T. Comme Esbjörn Svensson Trio. Décrire leur musique est difficile, mais voilà : c'est en somme du piano planant, une sorte de jazz mâtiné de Pink Floyd-Radiohead. Envoûtant. Là, ils viennent de sortir un live à Hamburg et je viens de l'avoir pour Noël. "Esbjörn quoi?" m'a demandé ma mère quand je lui ai donné ma liste de cadeaux.


-ENFANTINE



C'est difficile de parler d'enfants dans un roman, difficile d'écrire pour eux, ou bien de tourner un film qui parle d'eux sans bêtifier, sans pontifier. Oui, c'est difficile de parler de l'enfance sans être, de fait, un adulte qui projette la sienne. J'ai relu hier une phrase de George Sand que j'aime bien: "C'est très mystérieux, les enfants. Ils pensent sans comprendre."


En 2007, j'ai trouvé et retrouvé des gens qui ont su appréhender intelligemment la question de l'enfance. Je pense à la collection Chouette!penser , chez Gallimard Jeunesse, qui aborde certaines questions philosophiques complexes (Dieu, le rapport à l'animal...), de manière admirable. Quand je dis enfant, je pense aux 12-15 ans... Quand même.

Et je songe aussi à la mort de Bergman cet été, et comment il a su mettre en scène l'enfance dans le magnifique Fanny et Alexandre . C'était il y a vingt-cinq ans. En 1982, l'année où je suis née.


J'ai été aussi très émue par certaines photographies d'Helen Levitt, que j'ai contemplées à la Fondation Henri Cartier-Bresson. D'autant plus que Madame Levitt, à 94 ans, vit toujours à New York, sa ville. New York qu'elle n'a cessé de photographier, des années 30 aux années 80. Et ses clichés d'enfants sont plus que touchants.









Enfin, j'ai lu avec intérêt un livre qui s'adresse à eux comme aux adultes. Oui, la physique, c'est fantastique, et le roman de l'astrophysicien Stephen Hawking, -dont on connaissait les ouvrages de vulgarisation pour adultes-, est fort divertissant. George et les secrets de l'univers raconte l'histoire d'un petit garçon que ses voisins initient tout doucement aux mystères de la physique. Et nous avec, bien entendu. Le bouquin, extrêmement pédagogique, chante la gloire des trous noirs et des comètes avec une telle passion et une telle gaieté que franchement, j'en ai un peu regretté d'avoir séché les cours de 4ème pour aller jouer au baby-foot au café d'en face en fumant mes premières JPS et en m'efforçant de ne pas croiser le proviseur.



-IL FAUT LE DIRE, 2007 FUT AUSSI SANS...


... Muriel Barbery et son hérisson .
Je résume : démago, trop facile, moyennement écrit, certes plaisant... et alors? Je ne voudrais pas être taxée de mauvaise foi mais je me défends comme je peux parce que je sens bien que dire cela c'est m'exposer à être traitée de snob littéraire qui n'aime pas les romans qui se vendent, quelle horreur! Mais je ne suis pas la seule à dire que ce hérisson-là est largement surestimé et je vous invite à lire un article, paru cet été, à ce sujet. Muriel Barbery n'aime guère être comparée à Anna Gavalda, mais les deux femmes ont au moins DEUX points communs: leurs livres sont des long sellers... bourrés de bons sentiments.




(y'a pas, c'est mignon comme animal)



... et sans François Bégaudeau.
C'est vrai que sa propension à disserter sur tout et n'importe quoi à la télé et dans les journaux, son statut d'écrivain officiel, et enfin son obsession d'écrire le réel m'agacent un peu. Comme si la littérature n'était que précision documentaire. D'où des romans aux thèmes faciles (les profs frustrés en ZEP, la libération de Florence Aubenas) farcis de prouesses stylistiques arty puisque je-publie-chez-Verticales-donc-je-suis-un-laboratoire-littéraire. J'en veux pour exemple l'incipit de son dernier roman, Fin de l'histoire : "Elle.Est.Arrivée.En.Avance."



(Liste non exhaustive)


- MAIS FINALEMENT, 2007 N'AURAIT RIEN ETE SANS...


Daniel Kehlmann / Zadie Smith / Philippe Forest / Patrick Modiano / Joni Mitchell / Martine Barrat / Jean Carriès / Philippe Trétiack / Diego Aranega / Jean Hatzfeld / Feist / Helen Levitt...

lundi 8 octobre 2007

EMISSION LITTÉRAIRE EN DANGER : SCANDALE A RFI





La direction de RFI a décidé de suspendre dès la fin du mois d'octobre l'émission littéraire de Catherine Fruchon-Toussaint, Entre les lignes. Divisé en deux parties de vingt minutes chacune, ce rendez-vous hebdomadaire présentait l'actualité littéraire ainsi qu'un entretien avec un écrivain.


La raison officielle de cette non-reconduction ? Apparemment, pour RFI, cinq minutes suffisent pour parler d'un écrivain.
Ce qui veut dire que pour RFI, un écrivain, c'est chiant au bout de cinq minutes.


Non ?


Je passe sur la conception odieuse de l'art et de la littérature -et de la société toute entière- que cette décision encourage.

Car dire cela, -que les écrivains ne méritent pas plus de cinq minutes pour s'exprimer-, c'est un choix de société.


Et c'est odieux.

mardi 21 août 2007

C'est la rentrée, tra la la...




C'est la rentrée, et c'est tant mieux, parce que peste ! Quel temps ! Il y 727 romans à lire, pour compenser. Mais avant d'aborder le sujet douloureux de la rentrée littéraire, évoquons tout de suite et pour toujours les romans dont on va forcément parler dans les jours qui viennent. Cela me fera des vacances et je pourrai alors embrayer sur ceux qui ont retenu mon attention.

1 ) L'Amélie Nothomb des familles.
Il s'appelle Ni d'Eve ni d'Adam, et disait-on sur Télématin ce matin, il est fort réussi parce qu'il n'est "pas du tout railleur, il y a de l'émotion, des sentiments; une histoire d'amour". Ce qui est forcément la matière d'un bon livre.


2) Le roman "Coup de Com'" de la rentrée.
On avait Houellebecq en 2005, nous avons cette année le roman de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy, dont "tout le monde parle déjà". Que les mauvaises langues, effrayées par la démagogie du sujet, se rassurent. L'éditrice Teresa Cremisi, qui est, bien entendu, à l'origine de ce tintamarre littéraire, est formelle. Ce roman au titre énigmatique (L'aube le soir ou la nuit), "ne surfe pas sur la vague des livres politiques", jure-t-elle au Figaro . "C'est un récit littéraire. Yasmina Reza est une artiste qui transfigure tout ce qu'elle touche." Parole !


3 ) Le roman "l'actualité m'inspire".
C'est bien sûr le Bégaudeau nouveau, qui commente, ligne par ligne et geste par geste, la conférence donnée par Florence Aubenas à son retour en France. L'occasion de mettre les choses au point, une bonne fois pour toutes :
- Florence Aubenas est une femme.
- Florence Aubenas, désormais, appartient à l'histoire.
-Florence Aubenas est un "précipité de modernité", (parce que c'est une femme, s'entend). Cela sent son comité de campagne pour Ségolène Royal. Et la littérature?



Ni d'Eve ni D'Adam, par Amélie Nothomb, Albin Michel, 244 p., 19,90 euros.
L'aube le soir ou la nuit, par Yasmina Reza, Flammarion, 250 p., 18 euros.
Fin de l'histoire, par François Bégaudeau, Verticales-Phase Deux, 140 p., 12,50 euros.