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lundi 17 novembre 2008

LA GUERRE DES PRIX N'AURA PAS LIEU





Une fois l'an (c'est la coutume), des questions qui «fâchent» sont censées agiter le fameux et inexistant «milieu littéraire» :

- Les jurés des prix littéraires sont-ils corrompus ? (Mais oui! )

- Les éditeurs (et les grands groupes, Hachette et consorts) mettent-ils en péril l'indépendance des jurys ? (Bien évidemment !)

- Y a t-il de bons, de grands écrivains complètement oubliés dans ces festivités, lesquelles, de toute manière, ne concernent qu'un tout petit monde, qui ne se déplace qu'entre Saint-Germain-des-Prés et Odéon? (Oh ! Mais ça ne fait pas un pli ! )


Donc je laisse les autres tenter de répondre à ces brûlantes questions, qui préoccupent trois personnes 1/2 sur des plateaux télé, ravies de pouvoir palabrer sur ces marronniers littéraires, qui sont de saison après tout (nous sommes en novembre).

Qu'ils commentent à leur aise le Goncourt décerné à Atiq Rahimi ou le Prix Décembre à Mathias Enard, je suis bien contente pour eux moi, et je les laisse faire avec bienveillance. Car attention, hein, je ne vais pas vous faire le coup d'écrire que ceux qui ont le Goncourt sont tous des pourris alors que ceux qui obtiennent de petits prix que personne ne connaît sont formidables. Mais j'ai autre chose à raconter, voilà tout : je viens vous parler d'un prix littéraire d'une part, et d'un recueil de nouvelles d'autre part.


Alors, d'abord, le prize itself: c'est un chouette prix qui a été décerné jeudi dernier, c'est à dire le 13 novembre, et qui s'appelle le Prix du Style. Notez que c'est en soi un très bon nom pour qualifier une récompense littéraire, n'est-ce-pas, puisqu'il met en valeur la qualité d'une oeuvre et non celle du jury. Je m'explique: les prix littéraires sont plus souvent définis par leurs jurys que par les livres qu'ils défendent. Ainsi, la qualité principale du Goncourt des Lycéens est d'être décerné par des lycéens, le Fémina par des femmes, l'Interallié par des journalistes, etc, etc, etc.


Alors que le Prix du Style, pas du tout : d'abord, son jury est assez hétéroclite et plutôt people (seule raison valable pour rassembler David Abiker, Irène Frain, Ariel Wizman et Philippe Delerm dans un prix littéraire). Mais sa grande qualité est de récompenser un truc parfois un peu oublié, un truc un peu ringard, un truc qui s'appelle le style.




Et de belle manière, puisque le lauréat de cette année est infiniment talentueux et qu'il s'appelle Bernard Quiriny. Cet homme belge à la petite trentaine a écrit le meilleur recueil de nouvelles francophones de l'année, (bien que je ne les ai pas tous lus, faut être honnête). Et les jurés du Prix du Style ne s'y sont pas trompés, je vous assure, puisqu'ils ont voté en masse pour ces Contes Carnivores, de vrais bijoux de style préfacés par Enrique Vila-Matas, bref un livre que je conseille de vous offrir à Noël (au lieu d'acheter le Laurent Gaudé par exemple).




















Car voilà enfin un écrivain francophone qui ne verse ni dans l'autofiction nombriliste, ni dans les facilités du roman psychologisant, ni dans la fiction historique frelatée. Cela se fête! Dignement: les quatorze nouvelles de ces Contes carnivores sont autant de bijoux surréalistes. Il y a un peu du Passe-Muraille de Marcel Aymé, un peu d'inquiétante étrangeté à la Edgar Poe, un peu de fantastique à la Cortazar, un peu d'humour absurde à la Raymond Queneau... Je passe les références, on s'en fiche presque, mais sachez qu'on on tremble, on rit, on s'extasie, on dévore ces Contes carnivores, fables dignes d'un tableau de Dali, qui mettent en scène avec une jubilation érudite une femme-orange qui se boit, une langue d'Indiens que personne ne comprend, un suicide par tueur à gages interposé, ou un biographe d'homonymes célèbres (auteur d'une Vie de «Théophile Gautier, cordonnier à Lattes», ou de «Cambronne, représentant de commerce dans le Doubs».



Bernard Quiriny, Contes carnivores. 18 euros.





QUELQUES MOTS SUR LA B.O


The Old main Drag, des Pogues. Deux raisons à cela : j'adore l'Irlande (et j'adore les Pogues). Ensuite, cette chanson raconte l'histoire d'un gars qui arrive à Londres à 16 ans et qui se drogue et qui fait le tapin et qui est tout le temps défoncé et on le frappe souvent et c'est une très bonne chanson, qui, je le rappelle, figure au générique du film My Own Private Idaho de Gus Van Sant avec River Phoenix et Keanu Reeves :




THE OLD MAIN DRAG




When I first came to london I was only sixteen
With a fiver in my pocket and my ole dancing bag
I went down to the dilly to check out the scene
And I soon ended up on the old main drag

There the he-males and the she-males paraded in style
And the old man with the money would flash you a smile
In the dark of an alley youd work for a fiver
For a swift one off the wrist down on the old main drag

In the cold winter nights the old town it was chill
But there were boys in the cafes whod give you cheap pills
If you didnt have the money youd cajole or youd beg
There was always lots of tuinol on the old main drag

One evening as I was lying down by leicester square
I was picked up by the coppers and kicked in the balls
Between the metal doors at vine street I was beaten and mauled
And they ruined my good looks for the old main drag

In the tube station the old ones who were on the way out
Would dribble and vomit and grovel and shout
And the coppers would come along and push them about
And I wished I could escape from the old main drag

And now Im lying here Ive had too much booze
Ive been shat on and spat on and raped and abused
I know that I am dying and I wish I could beg
For some money to take me from the old main drag

mardi 18 mars 2008

Ce que portent les femmes






Claire Wolniewicz, je l'avais découverte avec ravissement en 2006, avec Ubiquité, charmant roman qui racontait l'histoire bizarre d'un homme qui ressemble à plein d'autres hommes et qui se retrouve un beau jour avec l'Origine du monde sous le nez (notez que la chose n'a rien de désagréable).

Mais bon, Le temps d'une chute raconte tout autre chose. Ce bref roman nous invite en effet à suivre la vie d'une créatrice de mode, Madelaine Delisle, de ses débuts d'apprentie dans un petit atelier limousin aux grands défilés parisiens. Madelaine traverse, -et c'est passionnant-, les tourments du siècle à travers le prisme de l'élégance; et il est amusant de se souvenir que les vêtements étaient très sombres pendant la seconde guerre mondiale, que le New Look de Christian Dior a été une véritable révolution sociale, et que l'essor du prêt-à-porter a décidément foutu un sacré coup à l'élégance à la française (Et Claire Wolniewicz de rappeler opportunément que Balenciaga avait déclaré en 1968 que «la mode a fait place à la vulgarité, et l'élégance a disparu»).

Et Madelaine ? Pour résumer, on dira que si la belle n'a pas son pareil pour imaginer un boléro en soie, ses relations familiales et amoureuses sont bien plus délicates à tisser..(Attention : ceci est le fracassant début d'une lourdissime métaphore filée.) Et il n'y a pas besoin d'en dire plus pour évoquer Le temps d'une chute, saga vestimentaire habil(l)ement menée par l'écriture claire de Claire. Seul regret : que ces personnages, (Madelaine la première), manquent un peu d'épaisseur (ou d'étoffe, devrai-je dire). Mais on pardonne tout cela à la romancière, parce que Le temps d'une chute a la grâce d'un tourbillon de taffetas et de soieries... serti de remarques assez fines sur le rapport entre la mode et les femmes qui la portent.


Claire Wolniewicz, Le temps d'une chute. Viviane Hamy. 19 euros.