mercredi 24 janvier 2007

Pass the LP

Tous ceux qui sont nés après 1967 ne connaissent généralement pas Tom Tom Club,groupe new yorkais eighties, pur produit de son époque: le début des années Reagan. Moi, je l'ai découvert la semaine dernière, et j'ai fondu pour cette pop fraîche, innocemment tonique, qui m'a donné envie de gesticuler en tous sens.
A savoir que les deux membres du groupe vivent toujours; ils travaillent notamment avec Damon Albarn, de Gorillaz.



mardi 16 janvier 2007

Petit éloge d'un éloge d'un éloge d'un éloge de....




Toujours intéressant de voir naître une collection : celle dont je vous parle a bien réussi son lancement. Ce sont des textes inédits d'écrivains en Folio 2 euros, sur des thèmes intéressants qu'ils ont eux-mêmes choisi, le but pour Gallimard étant probablement de s'attirer aussi un public plus large que d'habitude. On y retrouve Boualem Sansal, Caryl Férey, Régine Detambel, ou encore Richard Millet. Cela donne des textes inégaux, mais toujours agréables. Voyez par exemple ce petit éloge de l'excès de Caryl Ferey, où l'homme raconte sa passion pour Raoul Vaneigem et la biture; le texte est naïf, passionné. Mignon.


Lisez plutôt le petit éloge du temps présent de Jean-Marie Laclavetine, très très réussi, aux textes bien "sentis" sur les femmes ou la politique. Quant au petit éloge de la peau de Régine Detambel, il s'intéresse aux études du psychiatre Clérambault, qui a analysé la passion névrotique de certaines de ses patientes pour les draperies. Ces dames possédaient en effet une attirance érotique pour les belles étoffes. Elle étaient souvent arrêtées par la police, toutes affairées à se masturber dans des cabines d'essayage de la Samaritaine. Régine Detambel a donc ressucité dans son essai ces pratiques sympathiques.

J'approuve.


Tout ça ne vous fait pas comprendre pourquoi en illustration, j'ai choisi de mettre une image de Blinky, le poulet sympa. Deux raisons à cela. D'abord parce que ce happening de 1979 de Jeffrey Vallance, m'a beaucoup fait rire quand j'en ai vu la vidéo. Vallance a en effet décidé de prendre un poulet dans un supermarché et d'organiser son enterrement filmé, avec autopsie et tout le tralala, le tout pour stigmatiser la vilaine société de consommation. Le propos est faible, mais je trouve cela drôle. La deuxième raison, c'est que je préfère Blinky aux couvertures des Petits éloges, qui sont, disons le, particulièrement ratées, un peu ringardes, aux couleurs criardes, à l'intérêt artistique faible. Est-ce comme cela que l'on attire les pauvres lecteurs dans les librairies? Est-ce parce que la collection vaut deux euros? Je vous le demande.




(Exemple réussi de couverture ratée pour livre intéressant)

mardi 2 janvier 2007

L’Art de l’Adaptation : dialogue entre un candide et un sceptique




Le candide -Patrick Artero reprend Brel pour en faire du jazz… Pour qui aime les deux, c’est une grande joie. 
Le sceptique -Reprendre Brel ? La belle affaire ! J’en ai vu tant et tant, de ces musiciens qui parlent en son nom, dans le seul but de vendre toujours plus de disques. Cela n’a jamais été un gage de qualité de s’inspirer de Grand Jacques, loin s’en faut. Regarde Yuri Buenaventura… C’est très mauvais.
Le candide -Oui, mais Patrick Artero n’est pas exactement un inconnu, ni un mauvais musicien. C’est même un très bon joueur de trompette. Et puis, surtout, cet instrument est parfait pour rendre compte de l’art de Brel. Quoi de plus puissant que les trompettes qui annoncent que Mathilde est revenue ? Quoi de plus mélancolique que le cor qui murmure que le ciel est si gris qu’un canal s’est pendu ? Quoi de plus pathétique qu’une trompette qui souligne le retour chez lui d’un homme seul, seul… la bite sous le bras ?
Le sceptique-Tu t’emportes. Reprendre Brel ? Je te le dis : d’autres s’y sont cassés les dents. Brel, ce n’est pas du jazz élitiste et instrumental. C’est de la variété, dans le sens noble de ce terme. Brel n’est pas instrumentalisable. Brel se chante, se parle, se vocifère. S’écoute ! Non pas comme un solo, ni comme un morceau de bravoure de soliste. Brel, c’est une poésie de l’ordinaire. Dans ses chansons, ça pleure à gros bouillons. N’en faisons pas une musique d’intellectuel.
Le candide-Mais écoute donc ! Ecoute ce « Jaurès ». Te souviens-tu de cette chanson, qui parle si bien de la génération Jaurès ? Cette génération perdue, qui s’est tapie sous les tranchées ? Ecoute comme Artero joue Jaurès. Cela sonne comme une sonnerie aux morts. C’est doux, pur, élémentaire. La trompette seule peut faire cela, c’est là sa force. Ensuite, la guitare vient, doucement, nous raconter qu’ « on n’peut pas dire qu’ils furent esclaves… de là à dire qu’ils ont vécu ». On porterait presque le deuil. Cela vaut bien le Jaurès de Magyd Cherfi, non ?
Le sceptique-Oui, c’est beau.
Le candide-Et puis, vois cette chanson un peu oubliée, « A jeun ». On croit l’entendre parler, cet alcoolique qui éructe « Parrrrfaitement à jeeeuuunnn» quand on écoute cette trompette qui pousse, coquine, qui souffle fort et qui gémit…
Le sceptique-Oui, c’est vrai.
Le candide-Tu deviens raisonnable. Sans compter que Brel, c’est peut-être de la variétoche, mais il a su s’entourer, le bougre. « Chauffe Marcel, chauffe ! » disait-il à son accordéoniste, Marcel Azzola, qui soliloque grandiosement dans Vesoul.
Le sceptique-Oui, tu as raison.
Le candide-Ecoute, enfin, cet hommage d’Artero à La Mort, qui devient presque méconnaissable tant elle est tirée en tous sens. Jazz ou salsa, Artero a l’énergie du Brel qu’on voyait cracher sur scène. A ce niveau, conviens-en, ce n’est plus de la reprise… C’est de l’adaptation.