vendredi 21 décembre 2007

best of 2007 / les livres, films, disques et expos qui m'ont fait passer l'année




Bon. Avant de me ruer sur les "beaux" livres de Noël -dont le superbe Dit du Genji, soit trente kilos au bas mot de littérature japonaise médiévale- donc je disais: avant de me ruer sur les plus ou moins beaux livres, et avant de me ruer sur les romans de janvier 2008, et aussi avant d'essayer de deviner ce qui m'attend l'été prochain, et puis même avant de spéculer sur les prix littéraires de l'année prochaine -Gallimard, Gallimard pas?-, bref avant d'attaquer 2008 j'ai envie de me retourner sur ce que j'ai lu, vu, et entendu cette année de bien, de beau et de bon.


Oui, 2007 fut infiniment....


-ROCK'N'ROLL EIGHTIES





Yeah baby ! En plein hiver morose, j'ai redécouvert Blondie, sa blondeur diaphane et sa voix pointue grâce à Maylis de Kérangal et son très puissant Dans les rapides, qui raconte l'histoire de trois copines qui s'ennuient au Havre sous la pluie et qui rêvent de conquérir New York. Blondie m'a boostée à un tel point que cet été j'ai poussé le vice jusqu'à acquérir le sac en toile à son effigie réalisé par Marc Jacobs pour une quelconque assoce caritative. 10 euros seulement.



(ça c'est le livre)






(ça c'est le sac)




Et puis vers la fin de l'année, il y a eu les grèves et il y a eu le froid, mais il y a surtout eu le terrific Bob Dylan, avec la sortie de Dylan par Dylan chez Bartillat et du beau film de Todd Haynes. Je n'ajouterai rien de plus tant j'en ai fait déjà des tonnes ici.



-PHILOSOPHIQUE



On ne s'y attendait pas, mais finalement, la philo est en vogue. Oh, pas n'importe laquelle. On préfère aux essais les revues, et Philosophie Magazine se vend plutôt bien, même en en parlant tout le temps. Enfin non, pas tout le temps. Car si "Philomag" se fait remarquer par le grand public en avril, c'est pour un acte éminement non-philosophique : la publication d'un dialogue de Nicolas Sarkozy avec Michel Onfray où le futur président dit ceci. "J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie." Diantre!

Sinon, le Manuel de survie dans les dîners en ville a joué la carte de la vulgarisation philosophique avec un certain succès. Certes, ici, elle frise parfois la vulgarité, postulant avec humour que les intellos sont chiants, snobs, et teriblement intellos, mais tout cela est très second degré n'est-ce-pas, car nous en sommes après tout; mais il faut bien en rire.

-Et j'ai ri plus encore avec Vincent Delecroix, jeune auteur que j'avais découvert fin 2006 avec Ce qui est perdu, roman hilarant et presque ludique, qui parle de Kierkergaard et d'un gros chagrin d'amour. Résultat: à la rentrée de septembre, je me suis ruée sur La chaussure sur le toit, un roman choral au pitch très simple : une chaussure sur le toit d'un immeuble du 10ème arrondissement de Paris, qui engendre autant d'histoires que de personnages loufoques. Je n'en dis pas plus parce que franchement, vous l'aurez englouti le temps d'un Paris-Brest.






-IRANIENNE


L'Iran, ce n'est pas seulement Ahmadinejad évoquant l'absence totale d'homosexuels dans son pays lors d'une désastreuse conférence à Columbia. C'est aussi ce livre, qui a retenu mon attention malgré son titre idiot : Les Pintades à Téhéran. Ecrit par Delphine Minoui, journaliste franco-iranienne qui bosse notamment pour Le Figaro, il raconte la vie quotidienne des Téhéranaises, genre l'épilation sous le tchador et bien d'autres turpitudes. Une sorte de Sex and the City persan, en plus instructif et très plaisant. Et puis il y a Persepolis . Le film d'animation de Marjane Satrapi, tout en noir et blanc, est une réussite, tant par son graphisme que par sa bande-son que par son récit, bouleversant, d'une enfance à Téhéran.




- JAZZ JAZZ JAZZ


Je me souviens m'être enthousiasmée sur Pannonica, le roman de Pauline Guéna. Douce variation sur Monk et Pannonica de Koenigswarter, cette aristocratique muse des jazzmen de l'après-guerre, le roman de la jeune Pauline Guéna met en scène de façon admirable Pannonica et ses cats, perdus dans le New York des fifties et du bop. Tout cela m'a rappelé la belle exposition du festival de photo d'Arles que j'avais vue en août: des polaroids de jazzmen pris par leur amie, et des étranges feuilles dactylographiées. Car cette drôle de femme avait posé une étrange et belle question à tous ces grands musiciens pauvres, noirs et drogués. "Quels sont vos trois voeux?" Ils y ont répondu et c'est très joli.




(oui je sais on n'y voit rien. Mais ce sont les voeux d'Ornette Coleman.)


-En musique, ma découverte de l'année est sans doute le groupe de jazz suédois E.S.T. Comme Esbjörn Svensson Trio. Décrire leur musique est difficile, mais voilà : c'est en somme du piano planant, une sorte de jazz mâtiné de Pink Floyd-Radiohead. Envoûtant. Là, ils viennent de sortir un live à Hamburg et je viens de l'avoir pour Noël. "Esbjörn quoi?" m'a demandé ma mère quand je lui ai donné ma liste de cadeaux.


-ENFANTINE



C'est difficile de parler d'enfants dans un roman, difficile d'écrire pour eux, ou bien de tourner un film qui parle d'eux sans bêtifier, sans pontifier. Oui, c'est difficile de parler de l'enfance sans être, de fait, un adulte qui projette la sienne. J'ai relu hier une phrase de George Sand que j'aime bien: "C'est très mystérieux, les enfants. Ils pensent sans comprendre."


En 2007, j'ai trouvé et retrouvé des gens qui ont su appréhender intelligemment la question de l'enfance. Je pense à la collection Chouette!penser , chez Gallimard Jeunesse, qui aborde certaines questions philosophiques complexes (Dieu, le rapport à l'animal...), de manière admirable. Quand je dis enfant, je pense aux 12-15 ans... Quand même.

Et je songe aussi à la mort de Bergman cet été, et comment il a su mettre en scène l'enfance dans le magnifique Fanny et Alexandre . C'était il y a vingt-cinq ans. En 1982, l'année où je suis née.


J'ai été aussi très émue par certaines photographies d'Helen Levitt, que j'ai contemplées à la Fondation Henri Cartier-Bresson. D'autant plus que Madame Levitt, à 94 ans, vit toujours à New York, sa ville. New York qu'elle n'a cessé de photographier, des années 30 aux années 80. Et ses clichés d'enfants sont plus que touchants.









Enfin, j'ai lu avec intérêt un livre qui s'adresse à eux comme aux adultes. Oui, la physique, c'est fantastique, et le roman de l'astrophysicien Stephen Hawking, -dont on connaissait les ouvrages de vulgarisation pour adultes-, est fort divertissant. George et les secrets de l'univers raconte l'histoire d'un petit garçon que ses voisins initient tout doucement aux mystères de la physique. Et nous avec, bien entendu. Le bouquin, extrêmement pédagogique, chante la gloire des trous noirs et des comètes avec une telle passion et une telle gaieté que franchement, j'en ai un peu regretté d'avoir séché les cours de 4ème pour aller jouer au baby-foot au café d'en face en fumant mes premières JPS et en m'efforçant de ne pas croiser le proviseur.



-IL FAUT LE DIRE, 2007 FUT AUSSI SANS...


... Muriel Barbery et son hérisson .
Je résume : démago, trop facile, moyennement écrit, certes plaisant... et alors? Je ne voudrais pas être taxée de mauvaise foi mais je me défends comme je peux parce que je sens bien que dire cela c'est m'exposer à être traitée de snob littéraire qui n'aime pas les romans qui se vendent, quelle horreur! Mais je ne suis pas la seule à dire que ce hérisson-là est largement surestimé et je vous invite à lire un article, paru cet été, à ce sujet. Muriel Barbery n'aime guère être comparée à Anna Gavalda, mais les deux femmes ont au moins DEUX points communs: leurs livres sont des long sellers... bourrés de bons sentiments.




(y'a pas, c'est mignon comme animal)



... et sans François Bégaudeau.
C'est vrai que sa propension à disserter sur tout et n'importe quoi à la télé et dans les journaux, son statut d'écrivain officiel, et enfin son obsession d'écrire le réel m'agacent un peu. Comme si la littérature n'était que précision documentaire. D'où des romans aux thèmes faciles (les profs frustrés en ZEP, la libération de Florence Aubenas) farcis de prouesses stylistiques arty puisque je-publie-chez-Verticales-donc-je-suis-un-laboratoire-littéraire. J'en veux pour exemple l'incipit de son dernier roman, Fin de l'histoire : "Elle.Est.Arrivée.En.Avance."



(Liste non exhaustive)


- MAIS FINALEMENT, 2007 N'AURAIT RIEN ETE SANS...


Daniel Kehlmann / Zadie Smith / Philippe Forest / Patrick Modiano / Joni Mitchell / Martine Barrat / Jean Carriès / Philippe Trétiack / Diego Aranega / Jean Hatzfeld / Feist / Helen Levitt...

jeudi 13 décembre 2007

SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ !










A l'heure de la récré, tous les enfants font des échanges plus ou moins malencontreux. En 2007, ça donne à peu près ça. "Ouais, file moi ta carte de Yu-Gi-Oh et moi je te file mon poster de Zidane". Bon, finalement, rien n'a changé depuis ce roman, qui débute sous l'Angleterre de Thatcher. Et l'échange dont je vais vous parler concerne deux petits garçons, Harvey et Charles. Harvey, qui aurait mieux fait ce jour là d'aller potasser son algèbre, troque une vieille BD de Superman contre un vulgaire morceau de plastique. Le hic, c'est que vingt ans plus tard, la BD en question est devenue vintage, et elle vaut une petite fortune. Voilà pourquoi Harvey, qui, vingt ans plus tard, s'ennuie ferme dans sa librairie londonienne, brûle de la retrouver. Et pourtant, donner, c'est donner... Serait-il prêt à tout pour mettre la main sur la BD qui valait de l'or?
Ainsi débute ce réjouissant polar à l'humour grinçant, aussi drôle qu'un Nick Hornby et aussi haletant qu'un Agatha Christie, qui vous emmène des falaises des Cornouailles à la banlieue de Londres. Et vous n'avez nul besoin d'être un nostalgique des comics pour s'amuser des péripéties d'Harvey, parfait anti-héros au pays des superheroes. Wizz !


Swap
, d'Antony Moore. Liana Levi, 20 euros.


PS
A noter que l'éditrice Liana Levi a le bon goût de ne pas nous inonder de littérature chaque semestre; elle ne publie donc que très peu de romans par an. Swap est le seul roman de cette rentrée de janvier. Il est très bien.

lundi 10 décembre 2007

THE TIMES THEY ARE A CHANGIN'











D’ordinaire, je n’aime guère les biographies. Leur obsession de la véracité, leur foultitude de détails soit-disants pertinents, cette lave gluante de la vie qu’elles tranforment si facilement en vérité... je trouve tout cela assez suspect. Et puis derrière le business de la biographie, il y a le postulat que pour comprendre l’oeuvre, il faut comprendre l’homme. Il y aussi une certaine complaisance à explorer la médiocrité des vies des hommes pour ne pas avoir à parler des artistes. Ah, l'obsession du réel...

Mais I’m not there n’est pas une biographie. C’est un film. C’est peut-être là toute la différence avec les documentaires hagiographiques qui ne cessent de répéter que Dylan a du porter des années le lourd fardeau d’être Dylan, tout en en rajoutant une couche; et toute la différence avec les bouquins de cinq cent pages empesés par les dates et les “faits”.

Oui, I’m not there est un film et cela fait toute sa singularité.

Bob Dylan, donc. Fallait oser. Bob Dylan est un monstre. C’est un monstre sacré, et c’est un freak. Comme tous les monstres, il est protéiforme. Il fallait donc bien six personnages pour l’incarner: un jeune hobo génial, un acteur underground starisé, un chanteur contestataire, une femme en costard, un rocker rimbaldien échevelé, un ex drogué évangéliste. Chez Todd Haynes, tous ces personnages sont Bob Dylan.

Que les obsédés de la vérité se rassurent : les Dylaniens reconnaîtront dans le film bien des détails biographiques. Les veillées près de Woody Guthrie mourant à l’hôpital, les fugues à répétition, le Minesotta, la judéité, l’histoire d’amour avec Joan Baez, l’accident de moto de 1966...

Mais l’important n’est pas là.

L’important est que Tood Haynes a décidé que la vérité de Bob Dylan résidait dans son univers. Son art. Alors il a fait de ce film un mélange de détails de chansons, de poèmes. Certaines répliques du film sont en fait des paroles de chansons; Haynes met en scène des personnages imaginaires dans des scènes qui donnent l'illusion du réel.

Et c’est ainsi que suivant ce défilé carnavalesque, on saisit mieux Dylan à travers ses deux références poétiques: Rimbaud et Shakespeare.


Rimbaud ? Oui, Rimbaud rime avec hobo. Relisez donc ceci après avoir vu dans le film Dylan dans un train du Midwest, en guenilles.

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!


Et puis il y a Shakespeare. Shakespeare crève l’écran. Acte V de Macbeth:


Life is but a walking shadow, a poor player / that struts and frets his hour upon the stage / and then is heard no more/ it is a foul tale, told by an idiot/ full of sound and fury, signifying nothing.

D'ailleurs, Dylan chante dans le film :


Well, Shakespeare, he's in the alley
With his pointed shoes and his bells,
Speaking to some French girl,
Who says she knows me well.





Sans le savoir, Dylan est Shakespeare, dans toute sa dimension carnavalesque, sa réflexion sur la vérité et les faux-semblants, dans toutes ses batailles verbales contre les obsédés de la vérité -notamment les journalistes. Dylan est Shakespeare dans son rapport au temps, The times they are a changing, dans sa conception de l’engagement politique (les chroniques de Holinshed inspirent Shakespeare qui en fait un Macbeth imaginaire mais terriblement politique. Et tout le monde comprend à l’époque à quel point Macbeth traite aussi de Jacques 1er... Comme Dylan inspire sans le vouloir les Black Panthers).

Bref, ce subtil mélange de réel et d’imaginaire, qui fait la vie et qui fait l’art, Shakespeare l’a fait, Dylan l’a fait. Todd Haynes l'a compris.

Etrange aussi de se souvenir que les acteurs de l’époque élisabethaine se travestissaient régulièrement. Quelques pièces de Shakespeare, -des comédies, notamment Comme il vous plaira-, traitent de cela. Et cela ne vous aura pas échappé que Cate Blanchett, dans le film, joue Dylan. Et l’on s’écrie, en 2007: “Dieu, une femme joue Bob Dylan!”. Pas si rare à l’époque du Théâtre du Globe. .

Amusant enfin de remarquer, obsédée que je suis par la prestation de Cate Blanchett, qu’elle est à l’afffiche ces jours-ci d’un film sur Elisabeth d’Angleterre... qui régnait au temps de Shakespeare.

Ce film me hante. Vous qui ne l’avez pas vu, vous qui ne connaissez pas bien Dylan, vous que le personnage agace ou fascine, ne cherchez pas à comprendre pourquoi il est joué par un jeune Noir, une femme, ou encore Richard Gere. Laissez cela aux obsédés du réel, cette nouvelle maladie du siècle.

Laissez vous plutôt prendre par I’m not there et ses obsessions poétiques, par ce jeu permanent entre fiction et réalité, vérité et mensonge, par cette gigantesque partie d’échecs entre Dylan et le reste du monde. Par ses réparties de poètes. Life imitates art... ou est ce l’inverse ?

There must be some kind of way out of here
Said the joker to the thief
There’s too much confusion
I can’t get no relief.

-No reason to get excited
The thief he kindly spoke
There are many here among us
Who feel that life is but a joke.






A lire : Dylan par Dylan, Bartillat. 30 euros, 560 pages.

vendredi 30 novembre 2007

American Beauty








C'est d'abord l'histoire de deux professeurs d'art, sur le campus de Wellington, aux Etats-Unis, qui n'en finissent pas de se détester. D'un côté, Howard Belsey, la cinquantaine fatiguée, gauchiste et un peu bohème; de l'autre, Monty Kipps, Anglo-Jamaïcain impeccable, conservateur et rigoriste. Mais pendant que les deux hommes se livrent une guerre intellectuelle sans merci, leurs femmes et enfants, eux... se rencontrent, s'aiment, se disputent, ou se quittent. Mais gare! De la beauté n'est pas seulement une comédie amoureuse comme les Anglais savent en faire depuis des siècles. C'est aussi une immense saga familiale et sociale, écrite par une fan de E.M Forster, qui aborde sans tabou ni cliché des thèmes délicats : le métissage, l'héritage colonial, ou le rapport à l'art. Enfin, ai-je besoin de préciser que le style vif et lucide de Zadie Smith me réjouit ?

De la beauté, de Zadie Smith. Gallimard, 23,50 euros.

Musique : Judgement Day, de Jim Murple Memorial. Sur l'album Rhythm & blues Jamaïcain. 10 euros.

dimanche 25 novembre 2007

Yasser Arafat m'a regardé et m'a souri








Ce bref récit au titre intriguant raconte l'histoire troublante d'un enfant-soldat, en 1981 au Liban. C'est celle de l'auteur, Youssef Bazzi, enrôlé trop jeune aux Forces centrales d’intervention du Parti social nationaliste syrien à Beyrouth. Youssef découvrira pendant cinq années la chair : la chair torturée des soldats torturés et des officiers capturés, la chair obscène des prostituées égyptiennes, la chair brûlée des hommes tués par les roquettes. Mais le salut de Youssef viendra par la poésie arabe : c'est par elle que le jeune homme changera son rapport au monde. La poésie au secours de la mort: c'est à la fois vieux comme le monde et éternellement nécessaire. Youssef conclura son récit par ces mots : "Je passe mon baccalauréat. (...) Je suis sorti de la guerre. Sain et sauf."


Youssef Bazzi, Yasser Arafat m'a regardé et m'a souri, Verticales, 140 p., 14.90 euros.

Musique : Haitian Fight Song, morceau original de Charles Mingus, dans l'album Pithecanthropus Erectus.

samedi 3 novembre 2007

In girum imus nocte et consumimur igni*
















Oui, je sais. "Franchement, il y en a marre de tous ces faux manuels de self help faussement drôles et véritablement cyniques, marre de ces miscellanées à la Ben Schott déclinés à toutes les sauces, tous ces bouquins-à-la-noix-mais-au-marketing-efficace-et-aux-couvertures-soignées, qui occultent la vraie littérature, la vraie de vraie, et qui montrent à quel point l'Art et la Culture sont devenus des objets de dérision et de légèreté".

Vous n'avez pas tort.

Cependant, si vous êtes de ceux qui connaissent mal la philosophie, penchez vous tout de même sur ce livre. Voici pourquoi.

1) Parce qu'il est drôle et instructif à la fois.
Le bouquin fonctionne par mises en situation. Et, à votre grande surprise, voilà qu'il vous conseille, aux moments creux de l'apéro, dans l'unique but de vous rendre intéressant, de lâcher la phrase suivante: "Mon chien est situationniste".
Bon. Passé le moment de stupéfaction, vous vous demanderez, amusé : "D'abord, qu'est ce que le "situationnisme"?
Malheureux! Cette question montre que, décidément, vous n'y connaissez rien. Car, vous expliqueront alors les auteurs de cet ouvrage, le situationnisme n'est PAS un "-isme". Tut-tut. C'est un chouïa vulgaire, les -ismes. Ca fait tout de suite totalitaire. Reprenons, avec les termes ad hoc. Qu'est ce que c'est d'être situ? Et là, sans vous en rendre compte, vous l'apprendrez.

2 ) Parce que vous saurez enfin qui sont les philosophes contemporains à la mode.
Giorgio Agamben, Bernard Stiegler, Barbara Cassin. Peut-être, dans un deuxième temps, les lirez-vous.

3) Parce que dans un troisième temps, vous vous gausserez en découvrant que l'un des livres de Bernard Stiegler, Réenchanter le monde, est inspiré du titre d'une université d'été du Medef.
Ce qui prouve que vous commencez à maîtriser le sujet.



4) Parce que ce Manuel de Survie vous donnera envie de lire de la philosophie.
Au cours de ses pages, vous effleurerez des gens, des courants de pensée, Voltaire, le féminisme, Epicure. Et ensuite, miracle : vous sauterez le pas. Un peu honteux d'avoir lu ce manuel que vous aviez conspué quelques heures auparavant, et conscient de la grandeur de cette noble discipline, vous vous mettrez à lire des vrais ouvrages de philosophie.

5) En fait, vous ne direz plus jamais que la vulgarisation, c'est vraiment trop vulgaire.






Manuel de survie dans les dîners en ville, de Michel Eltchaninoff, et Sven Ortoli. Le Seuil,14 euros.


*In girum imus nocte et consumimur igni est un film français de Guy Debord sorti en 1978, qui décrit la société de consommation et d'aliénation capitaliste, s'appliquant à mettre en évidence la condition d'esclaves modernes. Le titre du film est un palindrome latin signifiant : « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu ».


(source... Wikipédia)

mercredi 31 octobre 2007

De l'esclavage domestique





free music





Anna Edes, bonne à tout faire. Une nuit de Budapest 1919, elle attrape un couteau, et le plante dans le corps de son maître et de sa maîtresse. Pourquoi? Peut-être par fatigue : elle dort si peu. Ou peut-être par ce vide qui l'étreint, puisqu'elle n'est rien pour eux. Bonne: cela signifie ne pas recevoir de cadeaux, pas de caresses. Pas de doux mots. Manger les restes de leurs repas. Se lever à l'aube. Se chauffer avec les braises finissantes. Oubliée, dénigrée, niée.
Un jour la main d'un homme a fourragé sa blouse; et Anna n'a rien dit, car elle n'a pas compris qu'elle se faisait violer.
Dans ce Budapest 1919 les saisons passent et Anna n'est rien. `
Et puis une nuit de mai où naissent les révolutions, -dit-on-, elle attrape un couteau et le plante dans le corps de ses maîtres.
C'est alors qu'on tente de la juger et qu'on n'y parvient pas.

L'histoire d'Anna est une fiction absolue, et sa lecture n'en est que plus troublante. Je pense aux Bonnes de Jean Genet, je pense au film Les Blessures assassines, je pense à cette soeur Papin qui un jour arracha les yeux de sa patronne. Cette fois-là c'était une nuit furieuse de mars.
Je pense à l'Ile aux esclaves de Marivaux, je pense à la haine que ressentent les esclaves et au jour où elle se tranforme en rage, je pense enfin à cette série de photos vues à Arles un jour de 2006, qui montrait tant d'immeubles bourgeois séquestrer des jeunes femmes comme Anna. Qui n'avaient pas, elles, saisi un couteau pour le planter dans le corps gras et satisfait de leurs maîtres.

L'auteur d'Anna la douce est un Hongrois, mort et enterré en 1936. Il a écrit un puissant roman d'automne, puissant et bref, qui évoque le parquet et le froid de l'hiver, l'odeur du poêle et du lard. C'est un roman domestique en somme, qui m'a portée loin, loin de Paris, et tout près des nuits froides où meurent les révolutions.



Anna la douce, de Deszö Kosztolanyi, éditions Viviane Hamy, 9 euros.


Musique : Miss Otis Regrets, chanson de Cole Porter, ici chantée par les Mills Brothers. Sublime chanson d'amour, composée en 1934, où une femme esseulée tue son amant d'un coup de revolver. "Mademoiselle Otis a le regret de vous dire qu'elle ne déjeunera pas ce midi, Madame." : ainsi commence cette chanson triste comme un jour de pluie. Tout le monde l'a chantée, mais ma version préférée est celle, sublime, interprétée par Sara Lazarus, accompagnée du big band de Patrice Caratini.

lundi 8 octobre 2007

EMISSION LITTÉRAIRE EN DANGER : SCANDALE A RFI





La direction de RFI a décidé de suspendre dès la fin du mois d'octobre l'émission littéraire de Catherine Fruchon-Toussaint, Entre les lignes. Divisé en deux parties de vingt minutes chacune, ce rendez-vous hebdomadaire présentait l'actualité littéraire ainsi qu'un entretien avec un écrivain.


La raison officielle de cette non-reconduction ? Apparemment, pour RFI, cinq minutes suffisent pour parler d'un écrivain.
Ce qui veut dire que pour RFI, un écrivain, c'est chiant au bout de cinq minutes.


Non ?


Je passe sur la conception odieuse de l'art et de la littérature -et de la société toute entière- que cette décision encourage.

Car dire cela, -que les écrivains ne méritent pas plus de cinq minutes pour s'exprimer-, c'est un choix de société.


Et c'est odieux.

jeudi 20 septembre 2007

Le roman de Pannonica






Pannonica. Drôle de nom, drôle de femme. C'est la mécène des plus grands musisiens de jazz de l'après-guerre : Monk, Miles Davis, Charlie Parker.

Pannonica, nom de tragédie. Lunettes de soleil, whisky jusqu'au petit matin et regard impassible, elle roule en Bentley et fume comme un pompier.

Pannonica de Koenigswarter : drôle de papillon dans le bop des fifties, en plein coeur de New York et surtout de Harlem. Elle a inspiré quelques uns des meilleurs musiciens de jazz de son époque.

Ma première rencontre avec Pannonica eut lieu à Arles, vers la fin de l'été. Il faut imaginer la lourdeur de l'air, le souffle du mistral, la puissance du soleil. C'est dans l'une des salles du festival de photographie que je fis sa connaissance, sous la forme de dizaines de polaroids. Des photos de musiciens, surtout Monk. Monk en voiture, Monk qui rit, Monk qui pense. Pannonica prenait patiemment en photo des hommes que l'on traitait comme des moins que rien. En 1954, les Noirs n'avaient pas le droit de vote et la ségrégation s'appliquait même à l'école.

A Arles, je fus fascinée par Pannonica. Chouette nom, me dis-je. Gracieux. Le papa de Pannonica était diplomate et accessoirement chasseur de papillons. Un jour il en attrapa un plus beau que les autres : il lui donna ce nom, dont il dota ensuite sa fille.

Dans les années 50, à New York, des hommes noirs jouent dans des cabarets de Harlem. Ils ne sont rien et pourtant ils s'appellent Charlie Parker, Thelonious Monk, John Coltrane. Pour manger, passer le mois, et répéter au chaud, ils trouvent refuge chez Nica, baronne prodigue et amie fidèle, dans sa grande maison de Manhattan. Cathouse est remplie de chats et de cats, terme générique qui désigne des musiciens de jazz américains. Nica promet à tous le gîte, le couvert, une caresse, une promesse. Pannonica, femme à chats.

Et le roman, me direz-vous ? C'est tout cela, mais en mieux. Pauline Guéna nous emporte dans le monde de Pannonica, discrètement, poétiquement. Et autant le savoir tout de suite, on n'a pas besoin de connaître grand-chose en jazz, ni d'écouter TSF tous les soirs pour comprendre tout ce qui se trame à Harlem.




Pannonica, de Pauline Guéna, Robert Laffont. 270 p., 18 euros.








Et pour vous mettre dans l'ambiance Pannonica, vous pouvez toujours écouter Round Midnight, de Monk.



mercredi 12 septembre 2007

Fonk Power




La semaine dernière je suis allée à un festival de jazz, à Paris. Mais en fait de jazz, j'y ai vu du funk. Avez vous déjà entendu, une fois dans votre vie, du funk des années 70, du vrai de vrai ? Non ? Alors, il vous reste deux choses à faire. D'abord, rergarder Jackie Brown, de Q. Tarantino, chouette film à la BO funkissime. Et puis , écouter les JBs. Les JBS, (prononcez Djeyebiz) ce sont les musiciens de James Brown: Maceo Parker, (saxophone), Fred Wesley (trombone), et Pee Wee Ellis (saxophone aussi). Ce sont eux que j'ai vus la semaine dernière.
Dans les années 70, décennie où l'Amérique doutait de tout, ces hommes jouaient une une musique festive, sensuelle, sexuelle même. D'ailleurs, le mot funk, en black slang, désigne la sueur que le corps dégage pendant l'acte amoureux. D'où l'envie, quand on écoute du funk, de se tortiller en tous sens...


Essayez voir.




mardi 21 août 2007

C'est la rentrée, tra la la...




C'est la rentrée, et c'est tant mieux, parce que peste ! Quel temps ! Il y 727 romans à lire, pour compenser. Mais avant d'aborder le sujet douloureux de la rentrée littéraire, évoquons tout de suite et pour toujours les romans dont on va forcément parler dans les jours qui viennent. Cela me fera des vacances et je pourrai alors embrayer sur ceux qui ont retenu mon attention.

1 ) L'Amélie Nothomb des familles.
Il s'appelle Ni d'Eve ni d'Adam, et disait-on sur Télématin ce matin, il est fort réussi parce qu'il n'est "pas du tout railleur, il y a de l'émotion, des sentiments; une histoire d'amour". Ce qui est forcément la matière d'un bon livre.


2) Le roman "Coup de Com'" de la rentrée.
On avait Houellebecq en 2005, nous avons cette année le roman de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy, dont "tout le monde parle déjà". Que les mauvaises langues, effrayées par la démagogie du sujet, se rassurent. L'éditrice Teresa Cremisi, qui est, bien entendu, à l'origine de ce tintamarre littéraire, est formelle. Ce roman au titre énigmatique (L'aube le soir ou la nuit), "ne surfe pas sur la vague des livres politiques", jure-t-elle au Figaro . "C'est un récit littéraire. Yasmina Reza est une artiste qui transfigure tout ce qu'elle touche." Parole !


3 ) Le roman "l'actualité m'inspire".
C'est bien sûr le Bégaudeau nouveau, qui commente, ligne par ligne et geste par geste, la conférence donnée par Florence Aubenas à son retour en France. L'occasion de mettre les choses au point, une bonne fois pour toutes :
- Florence Aubenas est une femme.
- Florence Aubenas, désormais, appartient à l'histoire.
-Florence Aubenas est un "précipité de modernité", (parce que c'est une femme, s'entend). Cela sent son comité de campagne pour Ségolène Royal. Et la littérature?



Ni d'Eve ni D'Adam, par Amélie Nothomb, Albin Michel, 244 p., 19,90 euros.
L'aube le soir ou la nuit, par Yasmina Reza, Flammarion, 250 p., 18 euros.
Fin de l'histoire, par François Bégaudeau, Verticales-Phase Deux, 140 p., 12,50 euros.

vendredi 13 juillet 2007

Bouh !












Préambule


Je vous recommande de lire ce livre dans votre lit, tapi sous les draps et sous la tente; vers minuit ou à peu près.

Depuis quelques temps les monstres sont à la mode : on peut même dater -soyons précis- le début de l'offensive monstrueuse à cet hiver. D'abord, dans le froid de février nous avons feuilleté l'ouvrage de Martin Monestier. C'était Les monstres : Histoire encyclopédique des phénomènes humains, au Cherche-Midi, et c'était bien. Les monstres sont tellement à la page que la série de l'été de TF1, Heroes, en met en scène : après tout, nos Heroes sont des personnages surnaturels aux pouvoirs inquiétants. Mais nous ne sommes pas là pour digresser. Utilisons le temps de cerveau qui nous reste pour lire Pierre Péju, qui a écrit un livre monstrueux pour les enfants, dans une collection que les 9 ans et même ceux qui ont beaucoup plus peuvent lire. Dans cette charmante collection, on trouve aussi un livre d'Olivier Mongin sur sa grande spécialité. L'esprit? Non. Le rire.

Récapitulons. Résumons. Chez Péju, le monstre est protéiforme et se cache sous les traits d'un débonnaire bonhomme jaune (Casimir), d'un gros loup informe et vorace (la Bête du Gévaudan), d'un petit moustachu sec et narcissique (Hitler), ou d'une bête mythologique énigmatique (le Sphinx). Mais d'abord et avant tout, interroge Péju, qu'est ce qu'un monstre? Tout cela à la fois? Oui ! Cent fois oui! Le monstre, étymologiquement parlant, est celui qui est « montré ». Montré, non pas étudié, analysé, accepté. Ainsi, il faut attendre le 19ème siècle pour qu'une réelle science des monstres fasse son apparition. Pierre Péju raconte cela, très bien d'ailleurs. Il parle de l'horreur, de la barbarie, de la tératologie, de la mythologie, c'est passionnant, il faut lire cela, même à dix ans on va trouver cela fascinant. Le tout est servi par de très jolis dessins, telle cette effrayante couverture, en noir et blanc, au message philosophique littellien. « Qui est ce monstre affreux, si vilain, si méchant, au visage grimaçant ? » Brrr...

C'est moi.


Le monstrueux, de Pierre Péju, Gallimard-Jeunesse Giboulées, collection « Chouette penser ! » 88 p., 10,50 euros.

mardi 12 juin 2007

Ne pas se moucher du coude.





Drôle de livre que cette réédition en poche d'un classique des bonnes manières, publié en 1927. C'est celui de la baronne Staffe. Qu'on se le dise : ce livre est une imposture. Cette Baronne Staffe n'a de baronne que le nom : elle s'appelle en fait Blanche Soyer et elle ne fut même pas mariée.

Peuh !


Toutefois, la Baronne excelle à édicter certaines règles de savoir-vivre dont beaucoup ne sont pas désuètes. Oui, l'avait-on oublié? Le savoir-vivre, c'est aussi la délicatesse, l'attention à l'autre. C'est difficile. Il faut tout à la fois, ne pas être obséquieux, et ne pas être malpoli. La mesure est indispensable aux bonnes manières, et ceci n'a pas changé depuis le traité de Versailles. Mais reconnaissons le tout de suite, "ça a vieilli" comme on dit. Exemple avec ce portrait de la jeune fille "bien comme il faut" des années 1920.

"Elle n'est peut-être pas entièrement heureuse, mais elle n'a pas cherché de consolations coupables. Toutefois, elle ne fait pas parade de sa vertu, et personne n'est plus qu'elle indulgente aux autres femmes. Elle accomplit son devoir simplement, elle sait que le bonheur complet n'existe pas et elle n'a pas fait de rêves impossibles, ou, du moins, elle les a étouffés".


Délicieux programme.

Cela me donne envie de m'allonger et de penser à l'Angleterre.

Finalement, je ne peux que vous recommander ma Baronne, juste pour le plaisir de constater à quel point notre société, et donc nos aspirations, ont changé en cent ans. Après Staffe il y a eu les guerres, le capitalisme, le MLF, l'indivudualisme, la quête du bonheur, la démocratisation de la culture. A l'époque de Blanche Soyer, nous aurions été nombreux à être femme de chambre ou cocher. Nous pouvons désormais, dans la mesure du possible, aspirer au bonheur complet. C'est une chance. Ne l'oublions pas.



Usages du monde, Règles du savoir-vivre dans la société moderne
, par la baronne Staffe, collection Texto, 8 euros.

vendredi 8 juin 2007

Je me souviens...



… De ce poème de Desnos*.

« Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ca n’existe pas, ça n’existe pas »
.


Nostalgie des récitations d’enfant. Droit comme un I
devant le tableau. Voix fluette, sourire crispé,
genoux cagneux. On commence. « La fourmi » La
maîtresse attend. « De Robert Desnos.»

Voici, réédités dans une anthologie pour enfants, les
œuvres du poète.

Tout le monde sait que Desnos ne s’adresse pas aux
enfants. La preuve.

AU MOCASSIN, LE VERBE

« Tu me suicides, si docilement.
Je te mourrai pourtant un jour.
Je connaîtrons cette femme idéale
Et lentement je neigerai sur sa bouche
Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard,
Même si je fais beau temps
Nous aimez si peu nos yeux
Et s’écroulerai cette larme sans
raison bien entendu et sans tristesse.
sans. »

C’est joli, non ?

Il faut relire Desnos, et par cette jolie anthologie
de 65 poèmes, parce qu’elle est pleine de couleurs.
Parce que les lettres sont grosses, et permettent
d’apprécier les mots qu’on lit. Parce que cette
anthologie est belle et incongrue.


Poèmes de Robert Desnos. Illustrations de Frédéric Benaglia. Bayard Jeunesse, dès 9 ans... 102 p. 17,90 euros.

*Et pourquoi Fantômas ? Parce que Desnos l'adorait.

dimanche 20 mai 2007

LE CHARME DISCRET DE QUELQUES SCENES DE LA BOURGEOISIE CONJUGALE




(une comédie mexicaine grinçante)


Vous lisez ce roman, vous en tombez amoureux, vous en tournez passionnément les pages, vous ne pouvez vous arrêter, vous êtes captivé. Tout de suite, vous pensez à l’une de ces comédies de l’Espagnol Alex de la Iglésia, mélangée à un épisode sous acide de Desperate Housewives. Hé bien, à vouloir tout comparer, vous êtes loin du compte. La vie conjugale, de Sergio Pitol, ne ressemble pas vraiment à ceci et vaut bien plus que cela. Explications.

D’abord, parce que ses personnages sont vraiment affreux. On n’a pas du tout envie de ressembler à Jacqueline Lobato, bourgeoise mexicaine qui se pique de littérature et d’archéologie tout en se plaignant constamment de son mari et qui s’ennuie, un verre de champagne à la main. Dans le genre, on préférait la bucolique Emma Bovary qui, elle, au moins, lisait vraiment des romans. Son époux n’est guère mieux : Nicolas Lobato, wannabe grand industriel, ne rêve que d’une chose : bâtir un énorme complexe hôtelier à la Punta Cana en plein cœur du Mexique. Nicolas est une sorte de Monsieur Arpel répugnant que l’on qualifiera plutôt, pour rester poli, de vulgaire. Sergio Pitol ne cherche pas à ce que nous, lecteurs, nous nous comparions à ces affreux êtres humains. Tant mieux.

Et puis, La vie conjugale vaut pour son intrigue : drôle et bien construite. Jacqueline enchaîne les amants et les tentatives de meurtre. Elles échouent toutes. C’est amusant.

Enfin, La vie conjugale ne cherche point à prouver quoi que ce soit sur le roman et l’adultère. J’en veux pour preuve la sobre universalité de son titre.
Mais alors, effrayé, vous vous interrogerez : c’est ça, la vie conjugale ? Non. Ça, c’est un roman.


La vie conjugale, de Sergio Pitol. Traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli. Gallimard, 14,50 euros.

mardi 10 avril 2007

mardi 27 mars 2007

What's the matter with you Rock?





Je suis allée voir Golden Door, le dernier film
d'Emmanuele Crialese.

A la fin du film, cette chanson
de Nina Simone. Sinnerman.


mardi 13 mars 2007

ROCK N ROLL STORY




On la connaissait un peu, déjà, Maylis de Kérangal. Dans l’ordre, on connaissait:


1) Son dernier « roman », deux histoires chez Verticales : ni fleurs ni couronnes, dont j’ai parlé ici.
2) Son écriture hachée, sensuelle, forte, rugueuse.
3) Son amour de la matière, de l’élément, de l’eau, de la puissance, de la mort et du froid.

Tout cela donne, je vous le confie, des « novellas » magnifiques.

Et Dans les rapides est un beau livre.

Maylis de Kérangal s’attaque en effet au rock, et pas n’importe lequel : celui de la fin des années 70. Grande époque, en vérité. On voyait des performances dans des lieux de nulle part, avec plafond bas et lampes Pigeon vacillantes, les filles mettaient des bas à rayures pour ressembler à Debbie Harry et gravitaient autour du CBGB et de Saint Marks Place. Tout le monde commençait comme serveur et finissait rockeur.

Mais là ou moi j’aligne les clichés pour raconter une époque, Maylis de Kérangal, elle, fait vraiment revivre les années Bowie. Par une histoire toute bête, comme toutes les belles histoires. Ses trois héroïnes sont lycéennes, s’emmerdent au Havre, commencent à courir les garçons et ne rêvent que d’une chose : New York, New York. Le problème, c’est que fumer des cigarettes en jouant au flipper dans un PMU du Havre n’aide pas à traverser l’Atlantique. Qu’importe : Blondie passe en concert. Elles iront.

On le voit, le pitch est quelconque. Et alors ? Celui de Madame Bovary aussi.
Par contre, l’écriture de Maylis de Kérangal pulvérise tous les poncifs, tous les Anna Gavaldismes, tous les Camille de Perettismes, tous les Lolita Pillismes qui existent sur cette terre et c’est magnifique. Exemple.

«Après-midi mine de rien. Bar quelconque, brun chamois, huileux, sommeillant de cet ennui visqueux qui entrave les gestes, comptoir barbelé de fanions crasseux à la gloire du HAC doyen des clubs de France, quelques hommes isolés à l’abdomen en boule ploient devant leur verre le cou bientôt soumis à leur colonne en chute, une table de billard attend que le soir tombe».


Elle écrit bien, merveilleusement bien. J’attends d’elle pour la prochaine fois, puisqu’elle en a largement les moyens, un grand roman. Un de ceux qu’on n’oublie pas.
Car non seulement Dans les rapides est à l’image de la musique qu’il évoque –nerveux, tendu, sensuel-, mais il prouve également une chose qui me paraît importante.

La littérature « féminine » n’est pas cantonnée à la description de l’intime. Du tout psychologisant. Du « dialogue de femme ». Du récit polyphonique, à fleur de peau. De l’évocation d’une sensibilité que l’on croit féminine. Cette rentrée littéraire a en effet montré deux choses : le récit historico-épique écrit avec les pieds, mais par un homme, peut ramasser le Goncourt ; le récit historico-psychologico-familialiste, mais écrit par une femme peut ramasser le Fémina. Maylis de Kérangal prouve, avec quelques autres, -mais elles sont si peu nombreuses !- que les femmes ne font pas que du Alice Ferney. Merci à elles.


Maylis de Kérangal, Dans les rapides, Naïve, 12 euros. 120 pages.

vendredi 9 mars 2007

I'll be back... very soon





Mille excuses.

Pour cause de stage intensif, de boulot monstre et de ménage à faire, j'ai du abandonner, pendant quelques petites semaines, la rédaction de ce blog.

Scandaleux.

Mais je n'ai pas arrêté de lire pour autant.
Ni d'écouter de la musique, d'ailleurs.

Résultat : la semaine prochaine, je vous parlerai de Maylis de Kérangal et de son dernier roman, Dans les Rapides. Scandaleux, là aussi, que la presse parle si peu d'elle. Je pense notamment aux Inrocks et à leur dossier "Rock et littérature" de cette semaine, où ils la mentionnent à peine et interviewent à la place l'inénarrable François Bégaudeau, qui a un mot à dire sur tout.

C'est un peu fort !

Donc, moi, je vous parlerai de Maylis de Kérangal; du dernier CD de la saxophoniste Sophie Alour, qui a un son magnifique; de la réédition d'un enquête sur les morgues, menée par Jean-Luc Hennig, chez Verticales; des Microfictions de Régis Jauffret; de Scalpels, de Charles Gancel, un recueil de nouvelles où des inconnus racontent leurs pires hontes; du dernier album de Michel Portal que je n'ai pas encore acheté.

Bref, je me rachèterai.

Promis.

mercredi 24 janvier 2007

Pass the LP

Tous ceux qui sont nés après 1967 ne connaissent généralement pas Tom Tom Club,groupe new yorkais eighties, pur produit de son époque: le début des années Reagan. Moi, je l'ai découvert la semaine dernière, et j'ai fondu pour cette pop fraîche, innocemment tonique, qui m'a donné envie de gesticuler en tous sens.
A savoir que les deux membres du groupe vivent toujours; ils travaillent notamment avec Damon Albarn, de Gorillaz.