jeudi 20 septembre 2007

Le roman de Pannonica






Pannonica. Drôle de nom, drôle de femme. C'est la mécène des plus grands musisiens de jazz de l'après-guerre : Monk, Miles Davis, Charlie Parker.

Pannonica, nom de tragédie. Lunettes de soleil, whisky jusqu'au petit matin et regard impassible, elle roule en Bentley et fume comme un pompier.

Pannonica de Koenigswarter : drôle de papillon dans le bop des fifties, en plein coeur de New York et surtout de Harlem. Elle a inspiré quelques uns des meilleurs musiciens de jazz de son époque.

Ma première rencontre avec Pannonica eut lieu à Arles, vers la fin de l'été. Il faut imaginer la lourdeur de l'air, le souffle du mistral, la puissance du soleil. C'est dans l'une des salles du festival de photographie que je fis sa connaissance, sous la forme de dizaines de polaroids. Des photos de musiciens, surtout Monk. Monk en voiture, Monk qui rit, Monk qui pense. Pannonica prenait patiemment en photo des hommes que l'on traitait comme des moins que rien. En 1954, les Noirs n'avaient pas le droit de vote et la ségrégation s'appliquait même à l'école.

A Arles, je fus fascinée par Pannonica. Chouette nom, me dis-je. Gracieux. Le papa de Pannonica était diplomate et accessoirement chasseur de papillons. Un jour il en attrapa un plus beau que les autres : il lui donna ce nom, dont il dota ensuite sa fille.

Dans les années 50, à New York, des hommes noirs jouent dans des cabarets de Harlem. Ils ne sont rien et pourtant ils s'appellent Charlie Parker, Thelonious Monk, John Coltrane. Pour manger, passer le mois, et répéter au chaud, ils trouvent refuge chez Nica, baronne prodigue et amie fidèle, dans sa grande maison de Manhattan. Cathouse est remplie de chats et de cats, terme générique qui désigne des musiciens de jazz américains. Nica promet à tous le gîte, le couvert, une caresse, une promesse. Pannonica, femme à chats.

Et le roman, me direz-vous ? C'est tout cela, mais en mieux. Pauline Guéna nous emporte dans le monde de Pannonica, discrètement, poétiquement. Et autant le savoir tout de suite, on n'a pas besoin de connaître grand-chose en jazz, ni d'écouter TSF tous les soirs pour comprendre tout ce qui se trame à Harlem.




Pannonica, de Pauline Guéna, Robert Laffont. 270 p., 18 euros.








Et pour vous mettre dans l'ambiance Pannonica, vous pouvez toujours écouter Round Midnight, de Monk.



mercredi 12 septembre 2007

Fonk Power




La semaine dernière je suis allée à un festival de jazz, à Paris. Mais en fait de jazz, j'y ai vu du funk. Avez vous déjà entendu, une fois dans votre vie, du funk des années 70, du vrai de vrai ? Non ? Alors, il vous reste deux choses à faire. D'abord, rergarder Jackie Brown, de Q. Tarantino, chouette film à la BO funkissime. Et puis , écouter les JBs. Les JBS, (prononcez Djeyebiz) ce sont les musiciens de James Brown: Maceo Parker, (saxophone), Fred Wesley (trombone), et Pee Wee Ellis (saxophone aussi). Ce sont eux que j'ai vus la semaine dernière.
Dans les années 70, décennie où l'Amérique doutait de tout, ces hommes jouaient une une musique festive, sensuelle, sexuelle même. D'ailleurs, le mot funk, en black slang, désigne la sueur que le corps dégage pendant l'acte amoureux. D'où l'envie, quand on écoute du funk, de se tortiller en tous sens...


Essayez voir.




mardi 21 août 2007

C'est la rentrée, tra la la...




C'est la rentrée, et c'est tant mieux, parce que peste ! Quel temps ! Il y 727 romans à lire, pour compenser. Mais avant d'aborder le sujet douloureux de la rentrée littéraire, évoquons tout de suite et pour toujours les romans dont on va forcément parler dans les jours qui viennent. Cela me fera des vacances et je pourrai alors embrayer sur ceux qui ont retenu mon attention.

1 ) L'Amélie Nothomb des familles.
Il s'appelle Ni d'Eve ni d'Adam, et disait-on sur Télématin ce matin, il est fort réussi parce qu'il n'est "pas du tout railleur, il y a de l'émotion, des sentiments; une histoire d'amour". Ce qui est forcément la matière d'un bon livre.


2) Le roman "Coup de Com'" de la rentrée.
On avait Houellebecq en 2005, nous avons cette année le roman de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy, dont "tout le monde parle déjà". Que les mauvaises langues, effrayées par la démagogie du sujet, se rassurent. L'éditrice Teresa Cremisi, qui est, bien entendu, à l'origine de ce tintamarre littéraire, est formelle. Ce roman au titre énigmatique (L'aube le soir ou la nuit), "ne surfe pas sur la vague des livres politiques", jure-t-elle au Figaro . "C'est un récit littéraire. Yasmina Reza est une artiste qui transfigure tout ce qu'elle touche." Parole !


3 ) Le roman "l'actualité m'inspire".
C'est bien sûr le Bégaudeau nouveau, qui commente, ligne par ligne et geste par geste, la conférence donnée par Florence Aubenas à son retour en France. L'occasion de mettre les choses au point, une bonne fois pour toutes :
- Florence Aubenas est une femme.
- Florence Aubenas, désormais, appartient à l'histoire.
-Florence Aubenas est un "précipité de modernité", (parce que c'est une femme, s'entend). Cela sent son comité de campagne pour Ségolène Royal. Et la littérature?



Ni d'Eve ni D'Adam, par Amélie Nothomb, Albin Michel, 244 p., 19,90 euros.
L'aube le soir ou la nuit, par Yasmina Reza, Flammarion, 250 p., 18 euros.
Fin de l'histoire, par François Bégaudeau, Verticales-Phase Deux, 140 p., 12,50 euros.

vendredi 13 juillet 2007

Bouh !












Préambule


Je vous recommande de lire ce livre dans votre lit, tapi sous les draps et sous la tente; vers minuit ou à peu près.

Depuis quelques temps les monstres sont à la mode : on peut même dater -soyons précis- le début de l'offensive monstrueuse à cet hiver. D'abord, dans le froid de février nous avons feuilleté l'ouvrage de Martin Monestier. C'était Les monstres : Histoire encyclopédique des phénomènes humains, au Cherche-Midi, et c'était bien. Les monstres sont tellement à la page que la série de l'été de TF1, Heroes, en met en scène : après tout, nos Heroes sont des personnages surnaturels aux pouvoirs inquiétants. Mais nous ne sommes pas là pour digresser. Utilisons le temps de cerveau qui nous reste pour lire Pierre Péju, qui a écrit un livre monstrueux pour les enfants, dans une collection que les 9 ans et même ceux qui ont beaucoup plus peuvent lire. Dans cette charmante collection, on trouve aussi un livre d'Olivier Mongin sur sa grande spécialité. L'esprit? Non. Le rire.

Récapitulons. Résumons. Chez Péju, le monstre est protéiforme et se cache sous les traits d'un débonnaire bonhomme jaune (Casimir), d'un gros loup informe et vorace (la Bête du Gévaudan), d'un petit moustachu sec et narcissique (Hitler), ou d'une bête mythologique énigmatique (le Sphinx). Mais d'abord et avant tout, interroge Péju, qu'est ce qu'un monstre? Tout cela à la fois? Oui ! Cent fois oui! Le monstre, étymologiquement parlant, est celui qui est « montré ». Montré, non pas étudié, analysé, accepté. Ainsi, il faut attendre le 19ème siècle pour qu'une réelle science des monstres fasse son apparition. Pierre Péju raconte cela, très bien d'ailleurs. Il parle de l'horreur, de la barbarie, de la tératologie, de la mythologie, c'est passionnant, il faut lire cela, même à dix ans on va trouver cela fascinant. Le tout est servi par de très jolis dessins, telle cette effrayante couverture, en noir et blanc, au message philosophique littellien. « Qui est ce monstre affreux, si vilain, si méchant, au visage grimaçant ? » Brrr...

C'est moi.


Le monstrueux, de Pierre Péju, Gallimard-Jeunesse Giboulées, collection « Chouette penser ! » 88 p., 10,50 euros.

mardi 12 juin 2007

Ne pas se moucher du coude.





Drôle de livre que cette réédition en poche d'un classique des bonnes manières, publié en 1927. C'est celui de la baronne Staffe. Qu'on se le dise : ce livre est une imposture. Cette Baronne Staffe n'a de baronne que le nom : elle s'appelle en fait Blanche Soyer et elle ne fut même pas mariée.

Peuh !


Toutefois, la Baronne excelle à édicter certaines règles de savoir-vivre dont beaucoup ne sont pas désuètes. Oui, l'avait-on oublié? Le savoir-vivre, c'est aussi la délicatesse, l'attention à l'autre. C'est difficile. Il faut tout à la fois, ne pas être obséquieux, et ne pas être malpoli. La mesure est indispensable aux bonnes manières, et ceci n'a pas changé depuis le traité de Versailles. Mais reconnaissons le tout de suite, "ça a vieilli" comme on dit. Exemple avec ce portrait de la jeune fille "bien comme il faut" des années 1920.

"Elle n'est peut-être pas entièrement heureuse, mais elle n'a pas cherché de consolations coupables. Toutefois, elle ne fait pas parade de sa vertu, et personne n'est plus qu'elle indulgente aux autres femmes. Elle accomplit son devoir simplement, elle sait que le bonheur complet n'existe pas et elle n'a pas fait de rêves impossibles, ou, du moins, elle les a étouffés".


Délicieux programme.

Cela me donne envie de m'allonger et de penser à l'Angleterre.

Finalement, je ne peux que vous recommander ma Baronne, juste pour le plaisir de constater à quel point notre société, et donc nos aspirations, ont changé en cent ans. Après Staffe il y a eu les guerres, le capitalisme, le MLF, l'indivudualisme, la quête du bonheur, la démocratisation de la culture. A l'époque de Blanche Soyer, nous aurions été nombreux à être femme de chambre ou cocher. Nous pouvons désormais, dans la mesure du possible, aspirer au bonheur complet. C'est une chance. Ne l'oublions pas.



Usages du monde, Règles du savoir-vivre dans la société moderne
, par la baronne Staffe, collection Texto, 8 euros.

vendredi 8 juin 2007

Je me souviens...



… De ce poème de Desnos*.

« Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ca n’existe pas, ça n’existe pas »
.


Nostalgie des récitations d’enfant. Droit comme un I
devant le tableau. Voix fluette, sourire crispé,
genoux cagneux. On commence. « La fourmi » La
maîtresse attend. « De Robert Desnos.»

Voici, réédités dans une anthologie pour enfants, les
œuvres du poète.

Tout le monde sait que Desnos ne s’adresse pas aux
enfants. La preuve.

AU MOCASSIN, LE VERBE

« Tu me suicides, si docilement.
Je te mourrai pourtant un jour.
Je connaîtrons cette femme idéale
Et lentement je neigerai sur sa bouche
Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard,
Même si je fais beau temps
Nous aimez si peu nos yeux
Et s’écroulerai cette larme sans
raison bien entendu et sans tristesse.
sans. »

C’est joli, non ?

Il faut relire Desnos, et par cette jolie anthologie
de 65 poèmes, parce qu’elle est pleine de couleurs.
Parce que les lettres sont grosses, et permettent
d’apprécier les mots qu’on lit. Parce que cette
anthologie est belle et incongrue.


Poèmes de Robert Desnos. Illustrations de Frédéric Benaglia. Bayard Jeunesse, dès 9 ans... 102 p. 17,90 euros.

*Et pourquoi Fantômas ? Parce que Desnos l'adorait.

dimanche 20 mai 2007

LE CHARME DISCRET DE QUELQUES SCENES DE LA BOURGEOISIE CONJUGALE




(une comédie mexicaine grinçante)


Vous lisez ce roman, vous en tombez amoureux, vous en tournez passionnément les pages, vous ne pouvez vous arrêter, vous êtes captivé. Tout de suite, vous pensez à l’une de ces comédies de l’Espagnol Alex de la Iglésia, mélangée à un épisode sous acide de Desperate Housewives. Hé bien, à vouloir tout comparer, vous êtes loin du compte. La vie conjugale, de Sergio Pitol, ne ressemble pas vraiment à ceci et vaut bien plus que cela. Explications.

D’abord, parce que ses personnages sont vraiment affreux. On n’a pas du tout envie de ressembler à Jacqueline Lobato, bourgeoise mexicaine qui se pique de littérature et d’archéologie tout en se plaignant constamment de son mari et qui s’ennuie, un verre de champagne à la main. Dans le genre, on préférait la bucolique Emma Bovary qui, elle, au moins, lisait vraiment des romans. Son époux n’est guère mieux : Nicolas Lobato, wannabe grand industriel, ne rêve que d’une chose : bâtir un énorme complexe hôtelier à la Punta Cana en plein cœur du Mexique. Nicolas est une sorte de Monsieur Arpel répugnant que l’on qualifiera plutôt, pour rester poli, de vulgaire. Sergio Pitol ne cherche pas à ce que nous, lecteurs, nous nous comparions à ces affreux êtres humains. Tant mieux.

Et puis, La vie conjugale vaut pour son intrigue : drôle et bien construite. Jacqueline enchaîne les amants et les tentatives de meurtre. Elles échouent toutes. C’est amusant.

Enfin, La vie conjugale ne cherche point à prouver quoi que ce soit sur le roman et l’adultère. J’en veux pour preuve la sobre universalité de son titre.
Mais alors, effrayé, vous vous interrogerez : c’est ça, la vie conjugale ? Non. Ça, c’est un roman.


La vie conjugale, de Sergio Pitol. Traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli. Gallimard, 14,50 euros.

mardi 10 avril 2007

mardi 27 mars 2007

What's the matter with you Rock?





Je suis allée voir Golden Door, le dernier film
d'Emmanuele Crialese.

A la fin du film, cette chanson
de Nina Simone. Sinnerman.


mardi 13 mars 2007

ROCK N ROLL STORY




On la connaissait un peu, déjà, Maylis de Kérangal. Dans l’ordre, on connaissait:


1) Son dernier « roman », deux histoires chez Verticales : ni fleurs ni couronnes, dont j’ai parlé ici.
2) Son écriture hachée, sensuelle, forte, rugueuse.
3) Son amour de la matière, de l’élément, de l’eau, de la puissance, de la mort et du froid.

Tout cela donne, je vous le confie, des « novellas » magnifiques.

Et Dans les rapides est un beau livre.

Maylis de Kérangal s’attaque en effet au rock, et pas n’importe lequel : celui de la fin des années 70. Grande époque, en vérité. On voyait des performances dans des lieux de nulle part, avec plafond bas et lampes Pigeon vacillantes, les filles mettaient des bas à rayures pour ressembler à Debbie Harry et gravitaient autour du CBGB et de Saint Marks Place. Tout le monde commençait comme serveur et finissait rockeur.

Mais là ou moi j’aligne les clichés pour raconter une époque, Maylis de Kérangal, elle, fait vraiment revivre les années Bowie. Par une histoire toute bête, comme toutes les belles histoires. Ses trois héroïnes sont lycéennes, s’emmerdent au Havre, commencent à courir les garçons et ne rêvent que d’une chose : New York, New York. Le problème, c’est que fumer des cigarettes en jouant au flipper dans un PMU du Havre n’aide pas à traverser l’Atlantique. Qu’importe : Blondie passe en concert. Elles iront.

On le voit, le pitch est quelconque. Et alors ? Celui de Madame Bovary aussi.
Par contre, l’écriture de Maylis de Kérangal pulvérise tous les poncifs, tous les Anna Gavaldismes, tous les Camille de Perettismes, tous les Lolita Pillismes qui existent sur cette terre et c’est magnifique. Exemple.

«Après-midi mine de rien. Bar quelconque, brun chamois, huileux, sommeillant de cet ennui visqueux qui entrave les gestes, comptoir barbelé de fanions crasseux à la gloire du HAC doyen des clubs de France, quelques hommes isolés à l’abdomen en boule ploient devant leur verre le cou bientôt soumis à leur colonne en chute, une table de billard attend que le soir tombe».


Elle écrit bien, merveilleusement bien. J’attends d’elle pour la prochaine fois, puisqu’elle en a largement les moyens, un grand roman. Un de ceux qu’on n’oublie pas.
Car non seulement Dans les rapides est à l’image de la musique qu’il évoque –nerveux, tendu, sensuel-, mais il prouve également une chose qui me paraît importante.

La littérature « féminine » n’est pas cantonnée à la description de l’intime. Du tout psychologisant. Du « dialogue de femme ». Du récit polyphonique, à fleur de peau. De l’évocation d’une sensibilité que l’on croit féminine. Cette rentrée littéraire a en effet montré deux choses : le récit historico-épique écrit avec les pieds, mais par un homme, peut ramasser le Goncourt ; le récit historico-psychologico-familialiste, mais écrit par une femme peut ramasser le Fémina. Maylis de Kérangal prouve, avec quelques autres, -mais elles sont si peu nombreuses !- que les femmes ne font pas que du Alice Ferney. Merci à elles.


Maylis de Kérangal, Dans les rapides, Naïve, 12 euros. 120 pages.

vendredi 9 mars 2007

I'll be back... very soon





Mille excuses.

Pour cause de stage intensif, de boulot monstre et de ménage à faire, j'ai du abandonner, pendant quelques petites semaines, la rédaction de ce blog.

Scandaleux.

Mais je n'ai pas arrêté de lire pour autant.
Ni d'écouter de la musique, d'ailleurs.

Résultat : la semaine prochaine, je vous parlerai de Maylis de Kérangal et de son dernier roman, Dans les Rapides. Scandaleux, là aussi, que la presse parle si peu d'elle. Je pense notamment aux Inrocks et à leur dossier "Rock et littérature" de cette semaine, où ils la mentionnent à peine et interviewent à la place l'inénarrable François Bégaudeau, qui a un mot à dire sur tout.

C'est un peu fort !

Donc, moi, je vous parlerai de Maylis de Kérangal; du dernier CD de la saxophoniste Sophie Alour, qui a un son magnifique; de la réédition d'un enquête sur les morgues, menée par Jean-Luc Hennig, chez Verticales; des Microfictions de Régis Jauffret; de Scalpels, de Charles Gancel, un recueil de nouvelles où des inconnus racontent leurs pires hontes; du dernier album de Michel Portal que je n'ai pas encore acheté.

Bref, je me rachèterai.

Promis.

mercredi 24 janvier 2007

Pass the LP

Tous ceux qui sont nés après 1967 ne connaissent généralement pas Tom Tom Club,groupe new yorkais eighties, pur produit de son époque: le début des années Reagan. Moi, je l'ai découvert la semaine dernière, et j'ai fondu pour cette pop fraîche, innocemment tonique, qui m'a donné envie de gesticuler en tous sens.
A savoir que les deux membres du groupe vivent toujours; ils travaillent notamment avec Damon Albarn, de Gorillaz.



mardi 16 janvier 2007

Petit éloge d'un éloge d'un éloge d'un éloge de....




Toujours intéressant de voir naître une collection : celle dont je vous parle a bien réussi son lancement. Ce sont des textes inédits d'écrivains en Folio 2 euros, sur des thèmes intéressants qu'ils ont eux-mêmes choisi, le but pour Gallimard étant probablement de s'attirer aussi un public plus large que d'habitude. On y retrouve Boualem Sansal, Caryl Férey, Régine Detambel, ou encore Richard Millet. Cela donne des textes inégaux, mais toujours agréables. Voyez par exemple ce petit éloge de l'excès de Caryl Ferey, où l'homme raconte sa passion pour Raoul Vaneigem et la biture; le texte est naïf, passionné. Mignon.


Lisez plutôt le petit éloge du temps présent de Jean-Marie Laclavetine, très très réussi, aux textes bien "sentis" sur les femmes ou la politique. Quant au petit éloge de la peau de Régine Detambel, il s'intéresse aux études du psychiatre Clérambault, qui a analysé la passion névrotique de certaines de ses patientes pour les draperies. Ces dames possédaient en effet une attirance érotique pour les belles étoffes. Elle étaient souvent arrêtées par la police, toutes affairées à se masturber dans des cabines d'essayage de la Samaritaine. Régine Detambel a donc ressucité dans son essai ces pratiques sympathiques.

J'approuve.


Tout ça ne vous fait pas comprendre pourquoi en illustration, j'ai choisi de mettre une image de Blinky, le poulet sympa. Deux raisons à cela. D'abord parce que ce happening de 1979 de Jeffrey Vallance, m'a beaucoup fait rire quand j'en ai vu la vidéo. Vallance a en effet décidé de prendre un poulet dans un supermarché et d'organiser son enterrement filmé, avec autopsie et tout le tralala, le tout pour stigmatiser la vilaine société de consommation. Le propos est faible, mais je trouve cela drôle. La deuxième raison, c'est que je préfère Blinky aux couvertures des Petits éloges, qui sont, disons le, particulièrement ratées, un peu ringardes, aux couleurs criardes, à l'intérêt artistique faible. Est-ce comme cela que l'on attire les pauvres lecteurs dans les librairies? Est-ce parce que la collection vaut deux euros? Je vous le demande.




(Exemple réussi de couverture ratée pour livre intéressant)

mardi 2 janvier 2007

L’Art de l’Adaptation : dialogue entre un candide et un sceptique




Le candide -Patrick Artero reprend Brel pour en faire du jazz… Pour qui aime les deux, c’est une grande joie. 
Le sceptique -Reprendre Brel ? La belle affaire ! J’en ai vu tant et tant, de ces musiciens qui parlent en son nom, dans le seul but de vendre toujours plus de disques. Cela n’a jamais été un gage de qualité de s’inspirer de Grand Jacques, loin s’en faut. Regarde Yuri Buenaventura… C’est très mauvais.
Le candide -Oui, mais Patrick Artero n’est pas exactement un inconnu, ni un mauvais musicien. C’est même un très bon joueur de trompette. Et puis, surtout, cet instrument est parfait pour rendre compte de l’art de Brel. Quoi de plus puissant que les trompettes qui annoncent que Mathilde est revenue ? Quoi de plus mélancolique que le cor qui murmure que le ciel est si gris qu’un canal s’est pendu ? Quoi de plus pathétique qu’une trompette qui souligne le retour chez lui d’un homme seul, seul… la bite sous le bras ?
Le sceptique-Tu t’emportes. Reprendre Brel ? Je te le dis : d’autres s’y sont cassés les dents. Brel, ce n’est pas du jazz élitiste et instrumental. C’est de la variété, dans le sens noble de ce terme. Brel n’est pas instrumentalisable. Brel se chante, se parle, se vocifère. S’écoute ! Non pas comme un solo, ni comme un morceau de bravoure de soliste. Brel, c’est une poésie de l’ordinaire. Dans ses chansons, ça pleure à gros bouillons. N’en faisons pas une musique d’intellectuel.
Le candide-Mais écoute donc ! Ecoute ce « Jaurès ». Te souviens-tu de cette chanson, qui parle si bien de la génération Jaurès ? Cette génération perdue, qui s’est tapie sous les tranchées ? Ecoute comme Artero joue Jaurès. Cela sonne comme une sonnerie aux morts. C’est doux, pur, élémentaire. La trompette seule peut faire cela, c’est là sa force. Ensuite, la guitare vient, doucement, nous raconter qu’ « on n’peut pas dire qu’ils furent esclaves… de là à dire qu’ils ont vécu ». On porterait presque le deuil. Cela vaut bien le Jaurès de Magyd Cherfi, non ?
Le sceptique-Oui, c’est beau.
Le candide-Et puis, vois cette chanson un peu oubliée, « A jeun ». On croit l’entendre parler, cet alcoolique qui éructe « Parrrrfaitement à jeeeuuunnn» quand on écoute cette trompette qui pousse, coquine, qui souffle fort et qui gémit…
Le sceptique-Oui, c’est vrai.
Le candide-Tu deviens raisonnable. Sans compter que Brel, c’est peut-être de la variétoche, mais il a su s’entourer, le bougre. « Chauffe Marcel, chauffe ! » disait-il à son accordéoniste, Marcel Azzola, qui soliloque grandiosement dans Vesoul.
Le sceptique-Oui, tu as raison.
Le candide-Ecoute, enfin, cet hommage d’Artero à La Mort, qui devient presque méconnaissable tant elle est tirée en tous sens. Jazz ou salsa, Artero a l’énergie du Brel qu’on voyait cracher sur scène. A ce niveau, conviens-en, ce n’est plus de la reprise… C’est de l’adaptation.

samedi 16 décembre 2006

While My Piano Gently Weeps

Vous vous souvenez du film Closer? Larry, médecin, aime Anna, photographe, qui le trompe avec Dan. Alice aime Dan, mais le trompe quand même avec Larry. Morale du film : finalement, tout ça, c'est pas bien. Hé bien, oubliez Closer. Par contre, souvenez-vous de sa BO : des guitares qui pleurent et des violons qui gémissent, et une voix : Damien Rice. L'Irlandais geignard sort un album, là, maintenant, tout de suite. Et c'est beau.

mercredi 22 novembre 2006

Ma rentrée littéraire à moi

(La rentrée littéraire n'a rien à voir avec les Amandiers en fleur, de Van Gogh.
C'est juste que j'aime bien ce tableau).


Personne ne peut dire qu'il a tout lu, et c'est loin d'être mon cas.
Car, moi, oui, contrairement à Emma Bovary,je ne passe pas tout mon temps à lire des romans.
On sait tout de suite où cela mène, ce genre d'activité oisive.
Mais, du haut de ma subjectivité, je peux quand même l'affirmer : Ma rentrée à moi, tout bien considéré, a été...

Maritime

Ben oui, parce qu'Eldorado, de Laurent Gaudé, parle de clandestins, de boat people qui tentent d'atteindre l'Italie contre vents et marées, si je puis me permettre l'expression.
Cela parle aussi des états d'âme de Salvatore Piracci, qui les chasse, les interroge, qui les piste à longueur de nuit, et qui, au bout d'un moment, ne le supporte plus.
C'est assez bien raconté, même si Gaudé s'est fait plutôt engloutir par la critique.
Pour résumer, cela ne vaut peut-être pas 18 euros 70 illico presto... Attendez la sortie en poche, et dégustez-le le temps d'un Toulouse-Bordeaux... en Corail.


Philosophicomique

Alors là, achetez sans hésiter. Si jamais, au grand jamais, vous n'êtes pas satisfait, je m'engage à vous rembourser. Car je le clame : Ce qui est perdu, de Vincent Delecroix est une pure merveille.
Avant Vincent Delecroix, je n'y connaissais rien à Kierkegaard. C'est comme ça.
Je manque de culture philosophique. Hé bien, rien n'a changé.
La différence, c'est que j'ai ri en pensant à Kierkegaard. Parce que Soren est presque rigolo dans les mains de Delecroix.
Rien que pour cela, Ce qui est perdu a gagné... mon coeur.
Ensuite, la force du roman, c'est que c'est une lettre de rupture géante, mais pas larmoyante comme une chanson de Brel. C'est même drôle.
Le narrateur devient l'ombre de son ombre, l'ombre de sa main, l'ombre de son chien, mais avec panache. On peut être quitté et continuer à causer philo et littérature danoise.
Bien sûr, je mentionne à peine l'écriture, formidable, le rythme et le ton, qui restent soutenus. Ce roman vaudrait bien un post à lui tout seul, mais c'est simple : il vaut une suggestion d'achat. Mieux, un ordre.

Picturale

Encore un roman dont on n'a pas assez parlé.

L'imprévisible, de Metin Arditi, est très surprenant. Pour plusieurs raisons.
D'abord, parce qu'il raconte l'histoire d'une très belle toile de Bronzino, et ce, très très bien. Ensuite, parce que Metin Arditi écrit bien, je trouve.
Parce que la structure des chapitres me semble intéressante. Parce que le personnage principal (un universitaire frustré et vieillissant, entre Woody Allen et David Lodge), m'est absolument sympathique. Parce que l'héroine s'appelle Anne-Catherine, et que c'est assez rare pour être signalé.
Parce que plein de mauvaises raisons pour aimer un roman ne le rendent que bon.


Eldorado, de Laurent Gaudé, Actes Sud, 18.70 euros.
Ce qui est perdu, de Vincent Delecroix, Gallimard, 14 euros (C'est donné!)
L'imprévisible, de Metin Arditi, Actes Sud, 18 euros.


dimanche 5 novembre 2006

Exils



« Moi, je croyais qu’en Amérique, les rues étaient pavées d’or. En fait, elles ne sont pas pavées du tout ; et d’ailleurs, c’est à moi de le faire ». (Un immigré européen, débarquant à New York au début du XXème siècle).

Si un jour vous avez visité Ellis Island, à New York ; si un jour vous avez pris un ferry pour atteindre la statue de la Liberté avec une cinquantaine de touristes australiens et que vous avez rêvassé, pendant quelques minutes creuses, les cheveux au vent, à une destinée d’immigré que vous n’avez pas vécue, ce petit livre-ci est pour vous.

Immigrer à New York. Atteindre Ellis Island, entrevoir la sévère statue de la Liberté, celle qui est censée accueillir "les plus las, les masses pauvres et épuisées". C’est ce qu’a fait George Perec en 1978. Perec, pour les besoins d’un film, est allé, presque seul, là où sont arrivés seize millions d’hommes, femmes et enfants, battus par la famine, persécutés, exilés de force.

On retrouve Perec et son goût pour les listes lorsqu’il jette ces quelques mots pour écrire la maladie. Claudication, trachome, débilité mentale, tuberculose. Ou lorsqu’il suggère la méfiance des services d’immigrations et leurs 29 questions obligatoires. "Etes-vous anarchiste ?""Quelqu’un peut il se porter garant de vous ?".
Et parce que ce tout petit livre n’est pas un guide touristique mais une belle réflexion sur l’exil, George Perec interroge les murs vides d’Ellis Island.
« Ce que je suis venu questionner ici, c’est l’errance, la dispersion, la diaspora. Ellis Island est pour moi le lieu même de l’exil, c’est-à-dire de l’absence de lieu, le non-lieu, le nulle part ». Habité par l’exil, hanté par la recherche de son identité, Perec nous demande : « Comment reconnaître ce lieu ? ». Ce petit livre y parvient presque.

Notez Bien
Pour les admirateurs de Perec, on peut le retrouver cette semaine dans un film très rare, qu’il a tourné à Paris : Les lieux d’une fugue, sur une fugue de Bach, raconte les lieux où le jeune Perec a fugué en 1955. Un très beau court-métrage -40 minutes-, rare mais pas cher : on peut le voir gratuitement au Pavillon de l’Arsenal, à Paris.

Et en lisant Ellis Island, on peut écouter le très bel album de Gianmaria Testa, Da questa parte del mare, comme on boirait un excellent vin.
Du vin, du vin… du Lacrima Christi, bien sûr. Car Da questa parte del mare raconte l’émigration, l’exil, la solitude. Gianmaria Testa se plaint d’une voix rocailleuse et belle, Paolo Fresu vient l’éclairer de sa trompette. On entend d’ici les plaintes de ces malheureux, ces belles ballades tristes et lyriques, à tordre le cœur.

George Perec, Ellis Island, P.O.L, 10 euros.
Gianmaria Testa, Da questa parte del mare, 22 euros (Harmonia Mundi)
George Perec, Les lieux d’une fugue, projection-débat le jeudi 9 novembre à 19 heures au pavillon de l’Arsenal (Métro Sully-Morland) ; en accès libre au Pavillon à tout moment. Réservation obligatoire au 01 42 76 33 97.

Photo : Diane Arbus, Portorican Woman

mercredi 25 octobre 2006

Make it Funky




Les Brooklyn Funk Essentials ne viennent pas de sortir un album, et ils ne sont pas en concert quelque part en ce moment. Il n'empêche; il faut les écouter. Le matin de préférence, en ouvrant les volets.

lundi 9 octobre 2006

Choubidouwah!



Si vous confondez régulièrement Aretha Franklin avec Ella Fitzgerald, ou Monk avec Mingus, arrêtez-vous quelques instants : ce livre-là vous attend. Et mieux que ça, on s’y délecte…et on y trouve…

Des faits historiques palpitants !
De Congo Square et ses honky tonks, premiers saloons jazzy, à l’invention du free jazz en 1960 par Ornette Coleman, on (re)découvre avec joie toutes les grandes dates, les grands moments du jazz. On avait presque oublié que le mot voulait dire quelque chose comme «baiser» à l’origine…

Des prises de position militantes !
Dans le genre grand débat stérile, cet été, nous avons eu «Pour ou Contre Jamie Cullum». Tout le monde s’est résigné à louer sa prestation à Marciac, en se disant qu’un garçon qui imite Jerry Lee Lewis sur un piano ne peut forcément être mauvais. Bien. Julien Delli Fiori s’engage, lui. «Mais comment échapper à la tornade Cullum ? (…) Si, en plus, on fait croire au public que c’est du jazz, c’est une valeur ajoutée. (…) Souhaitons-lui, en tout cas, qu’il finisse par composer de nouveaux thèmes au lieu de s’abriter derrière des standards évidents et confortables ! » Et de rappeler, mine de rien, le sens premier du mot « élitiste » : de qualité supérieure. Ceci clouera le bec aux mauvaises langues qui adorent coupler «élitiste» avec «jazz».

Des recettes de cuisine croustillantes!
En bon vivant, Julien Delli Fiori conseille d'écouter Aldo Romano avec un verre de Valpollicella et un bon osso-bucco, ou d'écouter Gillespie en dégustant des travers de porc. C'est une délicieuse idée.

Des scènes plus qu'émouvantes !
Julien Delli Fiori évoque aussi les doux moments qui font le jazz, comme les jam sessions. On goûte avec alacrité à celles qu’il a vécues, comme cette joyeuse séance à quatre mains, à quatre heures du matin, à Juan les Pins, entre Eric Reed et Cyrus Chestnut.

Autant de bonnes raisons de lire, relire, et écouter Julien Delli Fiori. Ecouter? Oui.
Il officie le dimanche, à 22 heures, sur France Inter.

All My Jazz, de Julien Delli Fiori, aux éditions du Cavalier Bleu. 19 euros.

mercredi 6 septembre 2006

Miam!



J'aime à la fois manger, faire l'amour, et lire. Je ne pouvais qu'être intéressée par un roman qui s'appelle Mangez moi, et qui parle d'amour, d'aliments et de romans. En plus, j'aime les enfants; Alice-Du-Pays-des-Merveilles est l'un de mes personnages préférés et Agnès Desarthe publie à l'Ecole des Loisirs. Et voilà que je me retrouve devant Mangez moi, avec un certain appétit. L'eau à la bouche, quoi. (J'évacue ici toutes les expressions gastronomiques, par respect pour Agnès Desarthe. C'est fini, promis. Travers journalistique facilement compréhensible).

D'abord, Myriam, 43 ans et quelques cernes, est infiniment sympathique, puisqu'elle est bordélique, et qu'elle ouvre toute seule un restaurant dans le XIème arrondissement. Sans aucun jeu de mots, on peut aussi dire qu'elle a quelques casseroles. Une famille en pièces, qu'elle a quittée, mais chut! On ne saura rien avant une bonne cinquantaine de pages. Le plus important, c'est la finesse, l'intelligence avec laquelle Agnès Desarthe raconte Myriam, ses doutes, ses joies. Tout simplement. Exemple : Myriam rencontre ses deux premières clientes, des lycéennes. "Leurs pantalons pendent à leurs hanches dodues. Mes petites cailles, pensé-je ne secret. Je trouve leurs corps charmants, semblables à des abricots géants. L'idée vient de planter l'index dans la chair parfaite de leurs ventres qui s'offrent, rebondis, sous la peau scintillante. Bien entendu, je n'en fais rien".

Myriam accumule les impayés et les rencontres imprévues. Le fleuriste amoureux d'à côté, Vincent, qui décore le restaurant. Le serveur délicat, Ben, qui met la main à la pâte avec un aplomb parfait. Tout ce petit monde, décrit avec humour, gravite autour d'elle. Elle en a de la chance, la bougresse! Car à un moment, il en faut de l'aide, pour régler ses problèmes, pour apprendre à -eh oui- aimer. C'est comme ça que Myriam devra lâcher ses casseroles.

Alors, bien sûr, le maître-mot de tout ça, c'est que Mangez moi, c'est un roman sensuel. Et que ça fait drôlement du bien.


Mangez moi, d’Agnès Desarthe, aux éditions de l’Olivier
20 euros.